Convolage

janvier 15, 2008
Je m’en vais vous mander la chose la plus anodine, la plus commune, la plus conventionnelle, la plus convenue, la plus courante, la plus insignifiante, la plus insipide, la plus médiocre, la plus ordinaire, la plus plate, la plus rebattue, la plus petite, la plus triviale, la plus commune, la plus tarte jusqu’aujourd’hui, la plus petite, la plus inintéressante: enfin une chose dont on trouve des milliards d’exemples dans les siècles passés ; une chose que l’on connaît à Pékin, (comment ne la connaîtrait-on pas à Paris ?) ; une chose qui fait s’écrouler de rire la moitié de la France; une chose qui comble de joie cette même moitié ; une chose enfin qui s’est faite, et ceux qui l’on apprise s’en fiche comme l’an quarante; ou une chose qui se fera si elle n’est déjà faite, et qui aurait pu se déjà  faire.
Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : je vous le donne en un, je vous la donne en deux, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien il faut donc vous la dire : le président a épousé, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent.
Vous dites : ” Voilà qui n’est pas bien difficile à deviner ; c’est Carla Bruni. – Tout à fait ! La Bêlante-Aphonique ! -. Absolument, vous êtes bien au fait de l’actualité ! - Vraiment nous sommes au courant, dites-vous, c’est la Top-Modèle à son Pépére. – C’est ça ! - la Gnangnan Photogénique. – En plein dans le mille ! Oui, et puisqu’il faut en finir et éclairer ceux qui seraient morts ces derniers jours , le président a donc épousé pour le protocole (et le reste), la seconde Première Dame de France de son règne, ma foi par ma foi ma foi jurée la Princesse Sissilia Bis de son mortel Quinquennat, le Repos-du-Guerrier de sa Libido, la Madelon de ses déplacements commerciaux, la Nana de ses vacances onéreuses, le seul parti de France qui fût digne de sa présidence.Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dîtes que l’on s’en tape, que cela pue sa fin de règne, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison; nous en avons fait autant que vous.
Le modèle : une des lettres les plus connues de M.de Sévigné, celle adressée à M. de Coulange à propos du mariage de Mademoiselle et de Lauzun.>>>
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Une galipane de bernin

décembre 4, 2007

« Tiens, ce matin j’ai reçu par la poste…
— J’en ai l’eau à la bouche !
— Oh ! ce n’est pas du tout ce que vous croyez : c’était une brounégasse de 2 livres à grosses crouettes, la muiselle charnue, d’une longueur d’un pied embaumant le gougnot, accompagnée d’un dodu pavé de bernin, égournaillé de la veille, point troussotté à la machine, crépogneux à souhait, aussi salé qu’une doudouille fleurée de Brinon-sur-Beuvron.
— Quoi, une galipane de bernin !
— Oui, mais au poil.»

D’après Colette, extrait de A portée de main, cité dans “Les festins de Balthazar une “anthologie de la littérature gourmande” présentée par Alain Senderens, sous le titre : ” une tranche de pain bis.”


Chinoiseries

décembre 4, 2007

Chinoiseries

Mis en présence d’un nid d’hirondelle à la citronnelle, l’Occidental se prend à user de baguettes comme il se cure le nez à un feu rouge, machinalement. Qu’il se sente observé, il arrête là son ménage, jette des regards furtifs, sifflote un air improbable, cale.

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Caprices de cervelle à la vertigo.

décembre 4, 2007

” Cervelle, gentille cervelle,” susurra Corps-Pion, en regardant avec amour celle d’un mouton. Et l’accent du Béarn, mâtiné de marseillais, ne fut pas pour rien dans les gloussements huileux de Paulette sise à sa grosse caisse, et les rires graillonnants de son cocu de mari, boucher de son état.

Corps-pion le joli cœur, qui fréquentait assidûment génisses, bœufs, veaux, porcs et moutons, s’illuminait à l’évocation de croustades d’amourettes moelleuses ; laissait libre cours à sa fantaisie pour décrire les tendresses d’une langue sauce madère ; célébrait comme pas un la fraise ; ne tarissait pas d’éloges sur les bienfaits du cœur ; épatait son auditoire en énumérant les mille et une saveurs des pieds et ne boudait jamais son plaisir à détailler les appas gracieux d’une ” reine de tétine “. Quant à la cervelle, c’était une merveille “à s’en faire péter la sous-ventrière !”

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Le mot

décembre 4, 2007

Avanti ! J moins des bananes.

Bientôt le temps des crottes. Une recette pour animer les réveillons où l’on s’emmerde à 100 sous de l’heure : la crotte Marguerite, à base de cacao enrichi de tétine-de-chèvres et d’oreilles-de-tortue. Deux plantes natives des Monts d’Arrée dont je tairai le nom latin et breton pour ne pas avoir d’ennuis. En plus les raveurs de permanence à Botmeur seraient capables de nous les bouffer toutes.


Réveillon de Noël 2006, transcription d’un enregistrement.

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La chômeuse

novembre 21, 2007

Le voyage en Sarlkoland

« Voilà, dit-elle, si tu travailles bien, ma chômeuse, si tu es méritante,si tu es une bonne fille dure à la tâche, le monsieur t’embauchera peut-être à quart-temps pour une durée de 3 mois.
- Oh ! madame de l’Ahainepéheu ! m’écriai-je, n’allez pas si vite en besogne…Quelle idée vous avez là !

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A bon chat, bon rat !

septembre 21, 2007

Alors que la guerre de Cent ans bat son plein, dans le toril de Brunehildegarde  il y a eu du rififi.

Brunehildegarde apinchait ses planches potagères et soupières.- Ah, misère de caquesangue ! cria-t-elle. Ah, caquesangue de misère ! cria-t-elle. Ah ! Puis, cessant de piouter, se tut.
Charmant, le miron moigneux qui, coufle comme chanoine, se dorait darnier et pelotons aux caresses de Phébus, se leva aux cris et s’en vînt aux petons de sa maîtresse fort triboulée.

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La fin des haricots

septembre 21, 2007

          Une sonnerie grésillante. Son thème familier redouble d’impatience. Coup de fil la veille d’une Toussaint.  Ce qui importe, à cet instant, c’est de décrocher le combiné.

 « Un cassoulet sans façon, ça vous dirait  vraiment ?

En décembre ? A la bonne franquette alors. »

Une invitation pour le trente et un. Dans ces cas-là, c’est sans tralala. Choisiras-tu l’affriolante robe en organdi imprimé à grands motifs de volvaires soyeuses ? Porterai-je le sobre pantalon reine Claude en taffetas flambé ? Entre vieux amis pas de flaflas.

 

 « Tiens, c’est quasi  l’heure d’y aller. »

On ne s’y résout pas tout de suite. Les cinq dernières minutes sont palpitantes : calamistrer les moustaches, farder les cils, épiler les vibrisses, repasser la patte mouille, sortir le chat, fermer le gaz…Ce n’est qu’une succession de pantomimes préparatoires.

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La rillée.

septembre 21, 2007

Le bestiaire culinaire.

Aubin d’Angers, dit Maurice la Charcute. 1273.


Je vais vous dire la vérité au sujet de la rillée, sans mentir d’un mot, conformément au Livre de Coquina, qui ne commet pas d’erreurs, et qui ne manque jamais de montrer quantité d’exemples véridiques et célèbres, authentiques, sincères et délectables.

Ce livre ne traite pas de mets futiles et vulgaires, il contient des recettes agréables au Père miséricordieux qui ressuscita au troisième jour son fils Notre Seigneur Jésus Christ au sujet duquel Jacob a dit : « Il a dormi comme le lion et comme le petit du lion. »

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Japoniaiserie

septembre 20, 2007

Elle se regarde dans le miroir.

Elle récite :

Visage fané

Sous le tas de bigoudis

Cortège des ans.

 

Elle enfile son peignoir

Elle se dirige vers la cuisine.

Elle jette un œil sur le cadran du coucou

 

Il est posé sur le réfrigérateur,

Arrêté,

Suisse.

 

Elle dit :

Pendule glacée

Le coucou a fui l’hiver

Ô heure ! Où es-tu?

 

Elle débarrasse la table.

Elle jette à la poubelle les restes de la veille.

Elle déclame :

Torojiru froid !

Les écorces de Kampyo !

Nouilles et tôfu !

Elle s’assoit sur un tabouret bancal.

Elle vide son verre de chuchenn.

Elle fume une cigarette.

Elle fredonne:

Chante, ô allumette !

au pied du blanc Fuji-San

Feu de paille, cendres.

 

Il lui reste six mois –à peine- pour envoyer à l’éditeur son haibun gastronomique les 53 routiers du Finistère. Elle l’a composé en s’inspirant de l’An gwenodenn strizh deuz Pen-ar-Bed du maître Bashô qu’elle a traduit en breton. A peine six mois pour exprimer en un dernier haïku, la fragile survivance de la restauration ouvrière. Le tout avec légèreté, sabi et kokkai. Le kokkai, elle ne le sent pas du tout.


Jeunesse !

septembre 20, 2007

Alors qu’en ce 2 août 1346 les Flamands, sous le commandement de Henri de Flandres, commencent les hostilités contre les Français, Brunehildegarde va attaquer sa buée.


La mesnie étant au pourpris pour une courte sieste sous la ramée, Brunehildegarde ouvrit son faudesteuil et s’assit pour souffler un peu.
Sur le sol de terre battue, fraichement jonché, s’entassaient braies, broignes, chainses, pourpoints, surcots, robes et cotes, chausses, escoffles et un méchant mantel de bourras fort élimé.
- Sacrée bué ! fit la maîtresse de céans.
- Et n’allez pas nous mélanger la brunette et le bureau comme bidaus et guicliers sur champ de bastaille, grinça le vieux Tourchetil d’Ertemberg cloué depuis deux jours sur son grabat suite à une mauvaise chute de roussin.
Brunehildegarde haussa les épaules.
- Ne gabez donc pas! Je vous trouve fort guépin ce jour à vouloir me férir de vos dondaines et à chercher attine et brouillis depuis prime comme marmouset puces en tonsure !
- C’était une jungle, fit le vieux rabroué.
- Gaudissez, gaudissez ! Gaudira bien qui gaudira le dernier !
Irée par le ribaudaille qui l’encagaguait depuis le chant du coq, Brunehildegarde vida cul sec un hanap de chuchenn allongé de marc puis, d’un bond, se leva pour s’atteler à l’ouvrage.

Qu’elle ne fut pas sa surprise en encommençant le tri de trouver sous le tas un jupon de mailles fort souillé. Par chance elle avait oublié de laisser trempouiller le tas depuis laudes comme à l’accoutumée.
” Parce que pour ravoir la rouille de fer sur le linge, par le saint sang brégoy, c’est pas de la tourte !” s’exclama la ménagère in petto. Et, sur ces paroles pleines de bon sens, qui témoignait d’une longure pratique lavandeuse, elle vida une cruchée de cervoise coupée de vin clairet.
“Mais au fait, se fit-elle la reflexion à haute voix, à qui peut bien appartenir ce jupon si ce n’est au jeune Torftoul de Roissey-le-Châtel en convalescence chez notre seigneur, son oncle ?”
Elle se souvînt alors que la veille au soir, sur le coup de complies, Tortfoul était passé rendre visite à Bruneguillemette, sa onzième fille, mais lorsqu’elle s’en était aller coucher à matines passées d’un Pater, elle n’avait point remembrance avoir vu le tourtereau et la tourterelle redescendre du grenier.
Dans son fiantoir Torchetil d’Entember qui grignotait une pomme de court pendu, couina comme une ratepenade qui gobe la mouche:
- Cor Bieu, il sait tenir le brelant le Toftoul !


Escargots à la lambine

août 21, 2007

 Bouvard et Pécuchet dans le Finistère.

Nos  deux héros à la retraite s’obstinent à rater ce que tout un chacun réussit.

Comme il faisait un temps de grenouille, on distinguait confusément, au beau milieu du boulingrin herbu et détrempé, une centaine de robustes tuteurs qui attendaient leur pied de tomate.
En contrebas, le labyrinthe de buis et d’ifs ensauvagés dégouttait de pluie. Le jardin à la française prenait des libertés.
De temps à autre Bouvard s’approchait du baromètre à cadran, le tapotait sèchement, et soupirait :
« Ce n’est pas pour dire, mais nous avons du caractère. » Et invariablement Pécuchet approuvait : «  Ah, ça ! fameuse dépression… »
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Un petit apéritif de fête.

juillet 13, 2007

Dans la vie on ne rigole pas tous le jours, ça non ! Et en plus il y a des gens - des amis - pour venir vous pourrir la vie !

Vous qui n’invitez pas, vous qui n’invitez jamais, il vous arrive, malgré tout, un jour, d’inviter.

Dans un tiroir du bureau, la plume d’oie cendrée. Dans un autre tiroir, en dessous les bristols blancs. Dans un autre encore, les enveloppes et les petits timbres rouges. Pourtant l’encrier est vide.
Qui n’a pas connu l’absence d’encre ne sait rien de la difficulté d’écrire à la plume. Qui a connu cette absence a choisi de téléphoner. Vous prenez le téléphone. Voisins et amis viendront lundi en huit. Sans faute.

Lentement les jours s’en vont, vous demeurez.

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Le têteau de majoriasa

juin 20, 2007

Il n’y a pas un cent septantième de bulbes de majoriasa qui héberge un animalcule.  Ceux qui parlent d’un pour quatre-vingt sont des marchands de filipules.

Si vous laissiez faire, ils vous vendraient votre pentule un nonce la livre! Les éviter comme le cendiou; c’est un conseil que je donne.
Je possède un têteau découvert dans un bulbe de préciose sauvage.  C’est un Héréné de prime race, la peau de gueule à fasce rétrécie de sable et le touffu bouchon; la poitrine ample et le corps à proportion de la taille d’un ciron. Cependant, malgré ses qualités et son aimable caractère, il m’a beaucoup déçu. Encore heureux qu’il ne m’ait rien coûté… Le rubis ne fait pas la macédoine est un proverbe que j’ai, depuis, longuement médité.
 Ce que ne sait pas toujours l’amateur de magie, et qui fut cause de ma déconvenue, c’est que le têteau est cinq fois moins précis qu’un paysan de vignoble dans le jet de sort et trois fois moins rapide qu’une vulgaire bergère de Marmarie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.  C’est un cas de réputation surfaite.

Voyage en Bas-Pays
1945
Henri Mifraix 1899-1946


Tripes à la mode d’emploi

mai 20, 2007

Tu vas commencer. Tout devra suivre.

Bon, tu hésites. Tu vois des vers d’amadou grouillant dans le fendu oblique d’un poitrail de bœuf ; ses yeux crevés, cerclés de cuivre roux te fixent.

Bon, tu entends le bruit de ta panse comme un halètement sourd de fleuve à la débâcle ; tes boyaux meuglent de peine, puis s’effondrent un à un sous les coups du merlin dans des craquètements secs de cigales..

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