Un petit apéritif de fête.

Dans la vie on ne rigole pas tous le jours, ça non ! Et en plus il y a des gens – des amis – pour venir vous pourrir la vie !

Vous qui n’invitez pas, vous qui n’invitez jamais, il vous arrive, malgré tout, un jour, d’inviter.

Dans un tiroir du bureau, la plume d’oie cendrée. Dans un autre tiroir, en dessous les bristols blancs. Dans un autre encore, les enveloppes et les petits timbres rouges. Pourtant l’encrier est vide.
Qui n’a pas connu l’absence d’encre ne sait rien de la difficulté d’écrire à la plume. Qui a connu cette absence a choisi de téléphoner. Vous prenez le téléphone. Voisins et amis viendront lundi en huit. Sans faute.

Lentement les jours s’en vont, vous demeurez.

Puis, un beau jour, coup de cloche à la grille.

Vos invités sont là.

Douze, aux visages cirés comme un parquet d’isba russe.

Piqués aux vers pour les plus vieux.

Douze gris des deux sexes.

Oubliés les noms. Perdus les prénoms. On dirait un trou de mémoire, mais sélectif.

Derrière la grille blanche, ils ont une présence au monde qui sent la rouille.

Oui, c’est cela : la rouille d’un piège à taupe sur la neige. Le temps passe.

Une à une les secondes se consument.

Hérétiques sur le bûcher.

Un autre coup de cloche. La cloche parlons-en.

C’est une cloche de vache.

Elle broute, elle se promène lentement dans l’alpage pur, elle est sans souci. Elle joue un air simple, une note claire.

Unique comme le soupir cristallin d’un ange.

Bénédicité, steak frites, fromages.

Cloche souvenir.

Vous qu’une mouche fait sursauter, aviez décidé de la décrocher la cloche. Trop tard. Avec elle entre toujours la réalité du monde, le monde qui vous entoure.

La réalité avec ses mains sales et sa bouche rouge sang qui dévore le silence.

Le silence propice à la prière.

Coups de cloche.

Nombreux.

Allez-vous répondre.

Décidez-vous puisqu’il le faut, puisque tout le monde s’impatiente, puisque que l’on n’a pas que ça à faire.

A quoi cela peut vous mener. Vous allez saigner du nez à trop tergiverser. Saigner goutte à goutte dans votre petit mouchoir Vichy.

Autres coups de cloches. Frénétiques. A la grille on s’impatiente : que fait-il.

Vous prenez la bible.

Vous étiez un poisson volant stupéfait par la clarine de la grosse vache. Il passe un souffle d’air clair, des bulles de lumière fraîche.

Vous ouvrez le livre.

Vous découvrez des lettres comme des chiures de mouche. Puis, peu à peu, des mots surgissent. Petit à petit, comme l’oiseau fait son nid, vous lisez l’histoire de Jonas dans le ventre d’un tanninum, un gros animal de mer chez les Hébreux, une baleine.

Vous allez à la fenêtre.

Des invités font de grands signes comme s’ils se noyaient. D’autres s’accrochent aux barreaux, désespérés. D’autres enfin ont disparu.

Vous ouvrez la fenêtre.

Vous fermez les volets.

Vous fermez la fenêtre.

Avec la pénombre revient la sagesse de la solitude.

Elle est une naissance dans la mort.

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