A bon chat, bon rat !

Alors que la guerre de Cent ans bat son plein, dans le toril de Brunehildegarde  il y a eu du rififi.

Brunehildegarde apinchait ses planches potagères et soupières.- Ah, misère de caquesangue ! cria-t-elle. Ah, caquesangue de misère ! cria-t-elle. Ah ! Puis, cessant de piouter, se tut.
Charmant, le miron moigneux qui, coufle comme chanoine, se dorait darnier et pelotons aux caresses de Phébus, se leva aux cris et s’en vînt aux petons de sa maîtresse fort triboulée.

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La fin des haricots

          Une sonnerie grésillante. Son thème familier redouble d’impatience. Coup de fil la veille d’une Toussaint.  Ce qui importe, à cet instant, c’est de décrocher le combiné.

 « Un cassoulet sans façon, ça vous dirait  vraiment ?

En décembre ? A la bonne franquette alors. »

Une invitation pour le trente et un. Dans ces cas-là, c’est sans tralala. Choisiras-tu l’affriolante robe en organdi imprimé à grands motifs de volvaires soyeuses ? Porterai-je le sobre pantalon reine Claude en taffetas flambé ? Entre vieux amis pas de flaflas.

 

 « Tiens, c’est quasi  l’heure d’y aller. »

On ne s’y résout pas tout de suite. Les cinq dernières minutes sont palpitantes : calamistrer les moustaches, farder les cils, épiler les vibrisses, repasser la patte mouille, sortir le chat, fermer le gaz…Ce n’est qu’une succession de pantomimes préparatoires.

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La rillée.

Le bestiaire culinaire.

Aubin d’Angers, dit Maurice la Charcute. 1273.


Je vais vous dire la vérité au sujet de la rillée, sans mentir d’un mot, conformément au Livre de Coquina, qui ne commet pas d’erreurs, et qui ne manque jamais de montrer quantité d’exemples véridiques et célèbres, authentiques, sincères et délectables.

Ce livre ne traite pas de mets futiles et vulgaires, il contient des recettes agréables au Père miséricordieux qui ressuscita au troisième jour son fils Notre Seigneur Jésus Christ au sujet duquel Jacob a dit : « Il a dormi comme le lion et comme le petit du lion. »

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Japoniaiserie

Elle se regarde dans le miroir.

Elle récite :

Visage fané

Sous le tas de bigoudis

Cortège des ans.

 

Elle enfile son peignoir

Elle se dirige vers la cuisine.

Elle jette un œil sur le cadran du coucou

 

Il est posé sur le réfrigérateur,

Arrêté,

Suisse.

 

Elle dit :

Pendule glacée

Le coucou a fui l’hiver

Ô heure ! Où es-tu?

 

Elle débarrasse la table.

Elle jette à la poubelle les restes de la veille.

Elle déclame :

Torojiru froid !

Les écorces de Kampyo !

Nouilles et tôfu !

Elle s’assoit sur un tabouret bancal.

Elle vide son verre de chuchenn.

Elle fume une cigarette.

Elle fredonne:

Chante, ô allumette !

au pied du blanc Fuji-San

Feu de paille, cendres.

 

Il lui reste six mois –à peine- pour envoyer à l’éditeur son haibun gastronomique les 53 routiers du Finistère. Elle l’a composé en s’inspirant de l’An gwenodenn strizh deuz Pen-ar-Bed du maître Bashô qu’elle a traduit en breton. A peine six mois pour exprimer en un dernier haïku, la fragile survivance de la restauration ouvrière. Le tout avec légèreté, sabi et kokkai. Le kokkai, elle ne le sent pas du tout.

Jeunesse !

Alors qu’en ce 2 août 1346 les Flamands, sous le commandement de Henri de Flandres, commencent les hostilités contre les Français, Brunehildegarde va attaquer sa buée.


La mesnie étant au pourpris pour une courte sieste sous la ramée, Brunehildegarde ouvrit son faudesteuil et s’assit pour souffler un peu.
Sur le sol de terre battue, fraichement jonché, s’entassaient braies, broignes, chainses, pourpoints, surcots, robes et cotes, chausses, escoffles et un méchant mantel de bourras fort élimé.
– Sacrée bué ! fit la maîtresse de céans.
– Et n’allez pas nous mélanger la brunette et le bureau comme bidaus et guicliers sur champ de bastaille, grinça le vieux Tourchetil d’Ertemberg cloué depuis deux jours sur son grabat suite à une mauvaise chute de roussin.
Brunehildegarde haussa les épaules.
– Ne gabez donc pas! Je vous trouve fort guépin ce jour à vouloir me férir de vos dondaines et à chercher attine et brouillis depuis prime comme marmouset puces en tonsure !
– C’était une jungle, fit le vieux rabroué.
– Gaudissez, gaudissez ! Gaudira bien qui gaudira le dernier !
Irée par le ribaudaille qui l’encagaguait depuis le chant du coq, Brunehildegarde vida cul sec un hanap de chuchenn allongé de marc puis, d’un bond, se leva pour s’atteler à l’ouvrage.

Qu’elle ne fut pas sa surprise en encommençant le tri de trouver sous le tas un jupon de mailles fort souillé. Par chance elle avait oublié de laisser trempouiller le tas depuis laudes comme à l’accoutumée.
 » Parce que pour ravoir la rouille de fer sur le linge, par le saint sang brégoy, c’est pas de la tourte ! » s’exclama la ménagère in petto. Et, sur ces paroles pleines de bon sens, qui témoignait d’une longure pratique lavandeuse, elle vida une cruchée de cervoise coupée de vin clairet.
« Mais au fait, se fit-elle la reflexion à haute voix, à qui peut bien appartenir ce jupon si ce n’est au jeune Torftoul de Roissey-le-Châtel en convalescence chez notre seigneur, son oncle ? »
Elle se souvînt alors que la veille au soir, sur le coup de complies, Tortfoul était passé rendre visite à Bruneguillemette, sa onzième fille, mais lorsqu’elle s’en était aller coucher à matines passées d’un Pater, elle n’avait point remembrance avoir vu le tourtereau et la tourterelle redescendre du grenier.
Dans son fiantoir Torchetil d’Entember qui grignotait une pomme de court pendu, couina comme une ratepenade qui gobe la mouche:
– Cor Bieu, il sait tenir le brelant le Toftoul !