La chômeuse

Le voyage en Sarkoland

« Voilà, dit-elle, si tu travailles bien, ma chômeuse, si tu es méritante,si tu es une bonne fille dure à la tâche, le monsieur t’embauchera peut-être à quart-temps pour une durée de 3 mois.
— Oh ! madame de l’Ahainepéheu ! m’écriai-je, n’allez pas si vite en besogne…Quelle idée vous avez là !

Je n’avais pas songé à cette solution…Oui, sans doute il est difficile de se débarrasser au bout de 8 heures d’une employée, surtout pour quelqu’un qui comme moi fonctionne à l’affectif, mais l’embaucher pour 3 mois et à quart- temps, ce serait beaucoup trop social, trop démocrate.

« Madame de l’Ahainepéheu , vous n’y songez pas ! cette femme à vingt ans passés, ce qui dans le domaine du secrétariat appliqué aux entreprises de design et de packaging est un âge fort avancé ; elle n’a plus que quelques semaines avant d’être atteinte d’obsolescence ; après quoi j’aurais une incompétente sur les bras, certainement aigrie. Me voyez-vous à la prochaine foire internationale de Pékin avec une secrétaire périmée et obèse ? Cela serait fort ridicule et pour elle et pour moi et pour la France. Parle-t-elle seulement le mandarin ?

Madame de l’Ahainepéheu me prit à part :

« Non, elle ne parle pas le mandarin , mais pourquoi ne pas l’épouser ? Vous auriez à domicile une secrétaire, une chargée en gastronomie familiale, une technicienne de surface…
— Oh ! madame de l’Ahainepéheu ! couinai-je à voix basse, n’allez pas si vite en besogne …Quelle idée vous avez là ! Prendre une épouse, pour des mois et des mois, peut-être des années, lui faire des enfants ce serait trop chrétien. Madame de l’Ahainepéheu , vous n’y songez pas ! cette femme à des charmes certains, mais elle est je crois native du Neuf-Trois, ce ne sont pas les DOM, mais enfin…l’accent est là etla culture n’est pas la même ; je m’ennuierai vite en sa compagnie. De plus, le dirais-je ? j’ai peur que le fruit des copulations entre deux races si différentes ne soient stériles comme l’est le bébé de l’ânesse et du pur-sang.

Madame de l’Ahainepéheu hochait la tête. Elle me dit en secret : « Je ne sais pas quoi faire de mes chômeuses, voilà l’ennui. Je ne vois plus pour la vôtre, après son contrat, que du bénévolat dans une association caritative. »
— Ça l’occupera et elle se fera des amis, ce qui est le plus important dans la vie, avec une bonne santé bien sûr.
— Je tentais de vous forcer un peu la main, mais je vous comprends, allez  ! nous ne sommes pas des socialistes de gauche.

Je quittai l’agence au logo en forme de sandouiche dégarni ou de presse noix. Ma chômeuse me suivait tête basse ; rendez service !

Ah ! si je n’avais pas si peur de prendre l’avion, il y a beau temps que j’aurais délocalisé ma petite entreprise dans l’Empire du milieu : on y trouve des perles polyvalentes qui  parlent français sur le bout des ongles.

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Nerval

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