Convolage

Je m’en vais vous mander la chose la plus anodine, la plus commune, la plus conventionnelle, la plus convenue, la plus courante, la plus insignifiante, la plus insipide, la plus médiocre, la plus ordinaire, la plus plate, la plus rebattue, la plus petite, la plus triviale, la plus commune, la plus tarte jusqu’aujourd’hui, la plus petite, la plus inintéressante: enfin une chose dont on trouve des milliards d’exemples dans les siècles passés ; une chose que l’on connaît à Pékin, (comment ne la connaîtrait-on pas à Paris ?) ; une chose qui fait s’écrouler de rire la moitié de la France; une chose qui comble de joie cette même moitié ; une chose enfin qui s’est faite, et ceux qui l’on apprise s’en fiche comme l’an quarante; ou une chose qui se fera si elle n’est déjà faite, et qui aurait pu se déjà  faire.Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : je vous le donne en un, je vous la donne en deux, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien il faut donc vous la dire : le président a épousé, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Vous dites :  » Voilà qui n’est pas bien difficile à deviner ; c’est Carla Bruni. – Tout à fait ! La Bêlante-Aphonique ! -. Absolument, vous êtes bien au fait de l’actualité ! – Vraiment nous sommes au courant, dites-vous, c’est la Top-Modèle à son Pépére. – C’est ça ! – la Gnangnan Photogénique. – En plein dans le mille ! Oui, et puisqu’il faut en finir et éclairer ceux qui seraient morts ces derniers jours , le président a donc épousé pour le protocole (et le reste), la seconde Première Dame de France de son règne, ma foi par ma foi ma foi jurée la Princesse Sissilia Bis de son mortel Quinquennat, le Repos-du-Guerrier de sa Libido, la Madelon de ses déplacements commerciaux, la Nana de ses vacances onéreuses, le seul parti de France qui fût digne de sa présidence.Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dîtes que l’on s’en tape, que cela pue sa fin de règne, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison; nous en avons fait autant que vous.

à la suite, le modèle : une des lettres les plus connues de M.de Sévigné, celle adressée à M. de Coulange à propos du mariage de Mademoiselle et de Lauzun.

 

A M. DE COULANGES A Paris, ce lundi 15 décembre 1667

Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’aujourd’hui, la plus brillante, ,la plus digne d’envie : enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemples dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste; une chose que l’on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?); une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive-; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire; devinez-la : je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien il faut donc vous la dire : M de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit :  » Voilà qui est bien difficile à deviner; c’est Mme de la Vallière. – Point du tout, Madame. C’est donc Mlle de Retz ? -. Point du tout, vous êtes bien provinciale. – Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est Mlle Colbert. – Encore moins. – C’est assurément Mlle de Créquy. – Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle de…, Mademoiselle…. devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi par ma foi ma foi jurée Mademoiselle, la grande Mademoiselle; Mademoiselle, fille de feu Monsieur; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV; Mlle d’Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du Roi; Mademoiselle, destinée au trône; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. « 

Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dîtes que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison; nous en avons fait autant que vous.

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