Noisette, la fée des Affaires – Conte breton

Les contes bretons quinquennaux

En Bretagne, quand la mer est basse et la marée noire, la lecture de nos contes et légendes nous aide à tenir le cap de la bonne espérance… Voici, de Claude Sébille, Noisette, la fée des Affaires. Un conte souvent imité, jamais égalé.

Il y avait une fois à Pantruche, qui est un petit port sur la Seine, non loin de Paname, un  roi de république qui était menacé par la crise : « non fluctuat sed  mergitur ! non fluctuat sed mergitur ! par pitié ! » se lamentait-il souvent.
Il faisait beaucoup de bruits pour échapper au naufrage. Il s’agitait, priait, grimaçait, pérorait, visitait  les têtes couronnées circonvoisines,  proposait ses remèdes miracles pour échapper collectivement  à la catastrophe à venir, mais comme il était  connu pour être un fameux  charlatan, il ne trouvait pas preneur.

Un jour qu’il était de retour des Amériques – sans y avoir mieux réussi que les autres fois –  il se mit tard en chemin pour retourner à pied à son palais. Quand la nuit vint à tomber, il était à la lisière bois de Boulogne que traverse la grande route.
– Ah ! dit-il, j’aurais mieux fait de trouver un hôtel douze étoiles pour cette nuit  car il faut que je passe par le grand bois, et on raconte qu’ on est exposé à y rencontrer des gens fort peu fréquentables.

Il  entra dans le bois et, quand il fut au milieu,   il entendit une voix qui criait ostensiblement : « Au secours ! au secours !  »
— Ah ! pensa-t-il, on dirait l’imitation de  quelqu’un que des assassins veulent assassiner dans un lâche assassinat …  Mais il ne sera pas dit que je tomberai dans le piège tendu par une créature qui fait mine de périr pour me contraindre à la secourir. Cependant, réfléchit-il, si ce  piège  diabolique  est l’invention de la presse marxiste, ou de mes nombreux ennemis, ou de la rumeur calomniatrice afin de me montrer au bon peuple sous les traits d’une lâche viande creuse,  je chuterai de nouveau dans les sondages.  Je vais donc de ce pas élastique de jogueur qui me caractérise me montrer. Cheese ! Par sainct Denys !

Accompagné des douze gardes hypermobiles qui ne le quittaient jamais, il courut  à  l’endroit d’où partaient les cris, et vit  une de ces pauvresses que la France produit en abondance  qui se défendait comme elle pouvait contre cinq gros banquiers  qui  tentait de lui faire les poches, voire pire. Pourtant sa face était difforme, elle exhalait le port de Concarneau après un mois de blocus et ses yeux étaient  chassieux.

Il se posta avec sa troupe aux côtés de l’exemplaire féminin  et dit aux  bandits en agitant ses bras avec véhémence :
— Ah ! ce n’est pas bien ce que vous faîtes ! repentez-vous  méchants !
A ces mots les voleurs se mirent à genoux pour implorer la grâce du roi. Il la leur accorda, car il était bon,  non sans leur  infliger  une méchante réprimande formulée sur un ton sans aménité :
— Ah ! je vous épargne, méchants, mais rentrez chez-vous vilains écureuils ! leur dit-il en mâchant ses mots car il désirait ne point être grossier.
Et, à ces mots, les banquiers se transformèrent  illico en gros  écureuils de la taille de mon chat et s’échappèrent dans la feuillée d’où tombèrent huit noisettes grosses comme des couilles empaillées !
— Ben ça alors ! fit le roi étonné.
La pauvresse malmenée se releva et dit au roi, tout en rassemblant ses haillons épars :
— Si j’avais voulu, je me serais débarrassée toute seule de la bande de caquequarantes car j’ai des pouvoirs pour cela. mais comme vous êtes courageux et  secourable aux pauvres gens, vous  serez récompensés ! Et, aussitôt dit, elle disparut avec panache à la suite des écureuils que l’on entendit miauler à la mort dans les frondaisons lointaines.

Le roi arriva en son Palais sans autre incident. Et il dormit du sommeil du juste.
Le lendemain, il vit entrer dans son bureau une belle dame, une créature merveilleuse fort bien mise qu’il ne connaissait pas, avec de lourds cheveux roux et des yeux verts, pailletés d’or, comme ceux des chats, et qui lui dit  d’une voix a la douceur du miel des Monts d’Arez :
– C’est moi qui suis la pauvresse   que  vous secourûtes  hier sous la ramée. Je suis la fée  Noisette, et je sais que vous  cherchez à refourguer en vain vos cochonneries de réformes, vos plans merdiques et vos lois infectes. Il est  inutile que vous fassiez de nouvelles démarches, personne n’en voudra. Alors je vais vous donner la véritable recette de la poudre de perlimpinpin qui « multiplie tant les affaires, qu’on ne sait plus quoi en faire ! «  Ce qu’elle fit. Puis elle chanta une de ses chansons traditionnelles de notre beau pays que les immigrés nous envient :

« Qu’on admire, admire, admire Le bon sens de Turlupin .
La gaîté fut sa recette,
Ah! sa poudre de perlimpinpin.
Qu’on achète, achète, achète Le secret de Tur
lupin« .

Le roi remercia la dame rayonnante de peau, un rire toujours prêt à sonner sur ses lèvres charnues et purpurines, qui lui dit encore :
    —  Comme je suis en période de promotions, je vous donne en plus la possibilité de formuler un vœu.
—  Eh bien, dit le roi, voilà… j’ai un sourire de cuistre et de goujat qui ne m’aide pas dans mes affaires. C’est plutôt une grimace qui manque de naturel, comme celle d’un cardinal croisé à la sortie d’un bordel :  je ne suis pas crédible.
— Montrez-moi ça !
Le roi, un peu gêné, s’exécuta. La fée Noisette en voyant le rictus de pétomane troupier décela où était le problème et expliqua au roi  qu’on ne pouvait sourire et serrer les fesses en même temps. Il fallait choisir.  Puis, comme ce vœu avait été trop facile,  elle lui  dit :
— Allez pépère, je te donne la possibilité exceptionnelle de formuler un dernier voeu pour la route, mais  celui-ci sera pour ta bonne femme !
Le roi eut un cri du cœur :
— Qu’elle ait de la voix et qu’elle chante juste !
— Ce sera fait, répondit Noisette.

Tous deux se prirent la main, et ils  marchaient sur le tapis persan comme sur la mer, et  l’eau ne mouillait pas même les semelles de leurs pantoufles !
Puis ils s’embrassèrent fougueusement,  en toute amitié – comme deux rugbymen nus posant pour un calendrier  : – Que tout cela est long, darlingue amour !… Pourquoi ne parles-tu pas ?… Est-ce que je te fais peur ?… Es-tu content  que je sois venue ?… Es-tu content que je te caresse,  petit canaillou adoré ?… Oh ! tu trembles pépère !… C’est la fièvre… et c’est moi aussi, dis ?… Dis que c’est moi ?… Veux-tu boire un coup de ratafia ?… Veux-tu encore une pastille de pullmoline ?… Caresse-moi, darlingue !… etc.
Enfin, la bonne fée, jouant avec une longue mèche de ses cheveux déroulés, s’échappa  en une petite vapeur roussâtre, par la cheminée, dans une odeur animale si puissante que  le roi sentit  à nouveau galoper en ses veines d’héroïques ardeurs  et des forces nouvelles de bouc…

Hélas, si  l’avenir présent montre que Noisette était une spécialiste en poudre de perlimpinpin, il nous montre  également qu’elle n’avait pas du tout l’oreille musicale. Mais le roi, serrant les fesses de toutes ses dents, submergé par de nouvelles affaires, ne lui en tint pas  rigueur car il respectait les handicaps des uns et des autres.

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Après le conte, la légende :
 
La fée Noisette revient sur les lieux du crime pour apprendre au Rossignol turinois (à gauche sur l’écran) les joies du canevas. Et tout d’abord le filage qui suit la tonte.  Sur le dossier du fauteuil de noisette, un banquier ronronne. On reconnaît également la pie Birthday, cadeau de mariage obsolète.
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Honoris causa

 » Alors,  pourquoi que tu veux l’être, ministre de l’enseignement ?

— Pour faire chier les enseignants, répondit Luc-Marie Auréal de Castel Honoris. Ceux qui seront au turbin dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des enseignants à nemmerder.

— Eh bien ! dit Léon Blum.

— Je serai vache comme tout avec eux : 13 500 postes en moins ! Je les obligerai à faire des statistiques. Je leur ferai lécher les pieds des inspecteurs. Je leur ferai manger l’éponge du tableau noir dans la main du recteur.  Je leur  collerai des blâmes. Je les démettrai de leur fonction. Je leur enfoncerai des compas dans le fion. Des rapporteurs aussi. Je leur botterai le cul. Parce que je porterai des bottes de mousquetaire de la distribution. Des bottes essentielles pour la rentrée. Hautes comme ça (geste). Avec des grands éperons pour leur larder la chair du derche.

— Tu sais, dit Léon Blum avec calme, d’après ce que disent les journaux, c’est pas du tout dans ce sens-là que s’oriente l’éducation moderne. C’est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. N’est-ce pas, Jules Ferry, qu’on dit ça dans le journal ? »

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titre donné pour « l’honneur ».
Se dit des diplômes conférés sans examen.  Sans compétences ?

> Zazie dans le métro – Raymond Queneau

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La claque

De fausses-vraies-mères-clientes-de-famille se sont postées dans les rayons d’un Intermarché pour réciter leur compliment au ministre de l’Éducation  et leur leçon apprise sur  » les essentiels de la rentrée » (2009), une opération de com’ mise en place par  Darcos,  prédécesseur de Luc Chatel, avec le soutien béat de la PEEP,  association de parents très  critique comme on l’imagine.

 » Connaissez-vous « les essentiels de la rentrée » ?  » demande poliment le ministre  et porte-parole du gouvernement à une vraie-fausse-cliente-mère qui lui barre le passage. Oh oui ! qu’ elle les connaît les essentiels ! Elle connaît que ça ! et les prix ? elle les regarde les prix avant d’acheter, c’est sûr !  Et si on la poussait un petit peu,  elle  déclamerait  le poème de la Cirulaire n° 2009-033 du 23-2-2009 tellement qu’elle si connait en essentiels :

« Chaque élève doit disposer, pour suivre les enseignements, de fournitures individuelles acquises à la demande de ses professeurs. Afin de répondre à la préoccupation constante des familles, notamment les moins favorisées d’entre elles, concernant la maîtrise de leur pouvoir d’achat, ainsi que pour réduire le poids du cartable, il est impératif de limiter autant que possible le nombre de fournitures demandées. Sans nuire à la qualité de l’enseignement, l’effort de simplification ainsi attendu doit contribuer à favoriser l’égalité des chances et alléger les charges qui pèsent sur les familles. »

C’est beau. Et elle va se les alléger ses charges pour la rentrée, la vraie-fausse ! Et ça doit valoir sacrément le coup une visite chez les Mousquetaires de Villeneuve-le-Roi qui soutiennent le ministre, parce que  la fausse-vraie, elle est comptable !  alors calculer, elle sait faire ! Et  comme  elle habite à plus de 70 km de Villeneuve-le-Roi  (2 heures de route aller-retour sans les embouteillages !), à Vulaines-sur-Seine (10 kilomètres de Fontainebleau !) où, entre ses courses au long cours ( la promenade, c’est ses loisirs ! ), elle est conseillère du maire de droite, mariée et mère de deux vrais enfants ! Alors oui, ça doit valoir le coup de faire ses p’tites courses à l’inter du coin, au loin,  dont elle est — en plus ! —  une des collaboratrices.

On aura aussi appris que  « Les essentiels de la rentrée », ce ne sont pas les enseignants, ce ne sont pas les enfants, ce sont les fournitures scolaires de la grande distribution et la propagande ministérielle et Umpiste.  Il était donc logique que Chatel fasse sa pré-rentrée médiatique au cul aseptisé des gondoles  et s’offre les frissons exotiques d’une descente en banlieue Sud-est, dans un commerce de l’académie de Créteil.

Une mauvaise claque et  une bonne gifle.

*

> Supercherie au supermarchéLibération

 

Le gland petit

 » Si quelqu’un essaie de me faire peur, il faudra qu’il se lève de bonne heure… Gaza, j’y retournerai ! « 

Madame Alliot-Marie

De notre correspondant : Laurent Taillade

La représentante de notre drapeau à l’étranger, ministre, a daigné honorer de sa présence un petit coin d’enfer sis en Palestine. Notre commis-voyageuse et bailleuse de fonds y promenait sa pasquinade humaniste et sa logomachie sifflante sur sa tête des plus infatuée lorsque, soudain,un accueil imprévu et coriace lui montrait combien son nouveau ministériat n’est point une sinécure.

Il y a peu, l’orfèvre du Quai d’Orsay essuyait des gifles virtuelles pour avoir préconisé — devant le troupeau bêlant des députés dont le cuir anémié suinte le cholestérol comme d’un pressoir à nouilles — l’exportation pédagogique en Tunisie , pays sous la botte d’un dictateur, du savoir-faire de nos élites porte-matraques qui savent resserrer les bandages droitiaires… Eh bien, quelques jours plus tard, notre ministre recevait en Terre promise des œufs et une chaussure lancés  pour d’autres paroles malheureuses — prononcées cette fois par un autre…

En un clin d’œil le voyage de notre gaulliste du renouveau atteint les cimes fastigiées de la cocasserie diplomatique et met en fuite l’humeur noire et l’atrabile. D’autant plus que la disparition de la cocoricocardière patentée dans une limousine, en vue de la protéger d’une éventuelle lapidation à coups de pompes, renouvelle le numéro du lapin cru albinos prestidigité dans un haut-de-forme — l’éloignement de la mère patrie démesurant la scurrilité de ce  jeu du cirque et de la fête à Neu-Neu.

On sait que, jadis, en vue de la conquête du pouvoir suprême, la polyvalente servante de l’État, en location permanente de la cinquième République riche en râteliers, avait pris comme arme parlante de son parti le chêne dont les glands sont, n’en doutons plus, les citrouilles assommantes de la fable.

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Demandez le programme !

Comment ferions-nous pour voter si nous n’avions en mains les délicieux programmes de nous futurs gouvernants ?

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Lellecteur, il montre un prospectus.

O mais, c’est qué ? c’est quesse que cé qu’cé ?

Pépère Ubu

C’est un programme de gouvernementerie perpétuelle. Permettez que je vous chante le titre : « Pour la Gaule qui réunit tous ses Attraits ; il y fait chaud l’Été, l’Hiver il y fait frais ; un Suffrage éclairé nomme le Président qui pilote tout seul le beau Char de l’État et que l’on voit ici, portraicturé en pied, à l’instant où, très nu, il va prendre son bain. »

Mémère Ubu

Fiat volontas tua !

La Conscience

Pouah du tout ! Ce soi disant programme est une escargot bien caractérisé ! Et d’ailleurs il a, de la chaussette qui file ventre à terre, l’odeur du fromage.

Pépère Ubu,  flairant le programme.

Hon ! Alors c’est un vestiaire, car le vestiaire sent le fromage. Et ce vestiaire sent vraiment fort le fromage et les culs d’illustres sportifs.

Mémère Ubu

Jarnicotonbleu ! Allez les bleus !

La Conscience, elle roule en boule le prospectus .

Merdenpot ! Vous estes d’affreux bouffres ! Je vous dis que c’est un escargot ! Son lard tremble, c’est mou comme la foi, c’est gluant comme la charité, c’est rose gencive – couleur de l’espérance !

Mémère Ubu

Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouais ! Ouais !

Pépère Ubu

Pissemerdre ! Madame ma Conscience, nous l’avions déjà pensé bien avant que vous ne l’eûtes dit : c’est en effet un  luma ! Mais, vilaine et plate larronesse, tu nous l’a tout bousillé notre luma ! Un luma acheté à un bouquiniste qui prenait sa retraite ! Ceci demande réparation !

La Conscience

A l’instant même !

Ils se battent fortement à coups de parapluie blindé

Lellecteur

C’qu’y a d’sûr, voyez-vous bien, c’est que ça n’est point un polyèdre.

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Les dessins de Pierre Bonnard pour l’ Alphabet du Père Ubu » sont tirés de l’Almanach illustré du Père Ubu — XXe siècle« , 1er janvier 1901, publié par Ambroise Vollard.

Sonnez trompettes !

Sonnez, trompettes gaulliennes, sur l’édifice élyséen fumant ; langue vermoulée de bois, queue vénéneuse, requins taupés tapis, caïman outremer, indignés variables, enclochez-vous dans l’air tricolore de cet avril poissonneux.

Sonnez sornettes ! Voici le pédagogique chanoine de Notre-Dame des Landes, le chef des rosâtres chœurs, le pilote de la ligne présidentielle qui aide au transit de l’orchestre de la flotte quinquennale; ce jour il est constipé d’incompréhension, l’amer est en lui; l’ami aimé lui a toussoté sa traîtrise en plein bec; crachats sur la poire, glaires sur le plastron amidonné de pingouin: ô merdaille fixée comme un insecte sur le grand apparat…ô fantôme de redingote timbrée d’or

Sonnez grelots des hirondelles de la place Beauvau!  Le rageur à l’œil de mouche, beau comme une guérite, momie roide, âne pétaradant, braie, brame, braille ; il hausse le ton de ses épaulettes : qui est-ce qui se permet, scrogneugneu  ?  L’avez-vous regardé droit dans les yeux ma casquette à glands de sergeot chef ? Elle n’a rien vu, rien senti du fumet de la tire-lire, rien su des forts coffres orbicoles, des petites combinaisons de qui s’est rempli les poches de bigoudis.

La rose s’effeuille et part en marguerite : un peu, pas du tout.

Sonnez gongs et glas ! Voici le roidicule qui mesure l’avenir avec son ver solitaire. Te voilà, zozionain ! Bonjour monsieur ci-devant, au revoir homuncule ci-derrière; ta gravité est au centre de ton melon encrassé, tes chaussettes socialistes s’effilochent et s’ effondrent les élastiques bretelles qui te béquillent.

Voici les sans calottes et l’anthropofrime grelotte et se mouche.

Y-a-t-il quelqu’un en votre Panthéon médiocre où couchent d’admirables dépouilles ?

Chut, ce quelqu’un fait un songe dans l’immense courant d’air qui garde les fossiles.

Léa-Paule Fargue

Galanterie

«  J’exècre la galanterie. On peut bien vivre sans cela, parbleu ! Cette perpétuelle confusion de la culotte et du cœur me fait vomir. »

Vous illustrerez cette remarque de Flaubert par un court récit que vous accompagnerez  d’une jolie image.

mainsIl l’accablait de voluptueuses caresses, s’attardant sur le galbe de ses deux globes à la blancheur éblouissante. Elle le sentait s’enivrer de plaisir.

 » Il désire me  posséder sauvagement dans l’alcôve qui recèle une molle couche répondant à la magnificence féérique du palais de l’E*  » se fit-elle la réflexion comme  elle venait de percer son secret.
« Hou !  » glapit-elle en témoignage impromptu qu’elle lui donnait de sa flamme, tant elle était en proie à l’imprévu désir de l’amour qui lui enflammait les sens et la laisserait bientôt pantelante dans le plus simple appareil, si elle n’y prenait garde.

« Ah ! ah ! mon ami…je brûle…je n’en puis plus ! Que sont ces façons ; méchant petit chanoine ? Juste ciel ! à c’t’heure cela ne se fera point…Voyons un peu…ah ! doux Joseph,! cela est inouï ! Ah ciel ! se fit-elle la remarque in-petto. Mais que va-t-il penser de moi ? se morigéna-t-elle soudain sans aménité, Que je suis une raccrocheuse du quart ? Une gourgandine sans foi ? une  gaupe ? une turfeuse ? une goton? une  nénesse ? une cocotte athée ? une michetonneuse ?  une ribaude? une hétaïre? une marmite sans Dieu? bref une bagasse de bas étage ? une sans-Dieu qui n’ a pas communié ?  »

Revenue à de meilleurs sentiments par cette correction personnelle, et nantie d’une certitude fraîche émoulue,  elle se leva avec fougue et s’empara avec dextérité  d’un CD qui trainait sur le tapis persan qu’elle engouffra d’une main experte dans un  mange-disque  qui trônait dans les parages. » Quoi-ce !  » hoqueta N* sous cette rebuffade, saoul qu’il était encore du désir qu’il souhaitait ardemment rassasier et en  jetant des regards concupiscents à destination de  C*.

Mais la chanteuse ne l’entendait pas de cette oreille :

 » Que regardez-vous donc là ? Baissez les yeux ! rétorqua-t-elle en rougissant car elle prenait tout à coup conscience d’être dans le plus simple appareil dont il a été précédemment fait mention.
— Point du tout !  se défendit N* qui, de son côté,  en tenue d’Adam, cachait d’une main moite ses attributs intimes dont une virilité turgescente — tout en se rendant bien compte que personne n’était dupe de son manège.  Mais écoutons plutôt votre disque! , fit-il d’une galanterie toute française, tandis qu’il lui proposait  un cocktail pour détendre l’atmosphère électrique – tout en allumant un feu dans la cheminée :  » Coral reef, Monaco, Vodka malabar, Picon bière, Marquisette, Perfect Mojito ,Vodka tagada,  Mojito Créole,  Russe Blanc ?

— Un Fernet Branca,  acquiesça-t-elle, très femme du monde « .