Vœux présidentiels

Chers compatriotes, le monde a bien changé depuis mon élection :

Jérôme Cahuzac m’a quitté,
Delphine Batho m’a quitté,
J’ai quitté Trierweller,
Yamina Benguigui m’a quitté,
Arnaud Montebourg,  Aurélie Filippetti,  et Benoît Hamon m’ont quitté,
Thomas Thévenoud m’a quitté,
Kader Arif m’a quitté,
Mais Ségolène Royal m’est revenu intacte.

Aujourd’hui, après tous ces bouleversements,  je sens frémir ici, je sens frémir là.
Oui, ça frémit dans le manche.
Je ne serais pas catholique, je crierais au miracle.

Aujourd’hui, mon gouvernement est uni et dynamique.
Ce gouvernement parle d’une seule voix sous ma baguette de chef qui orchestre
Ce gouvernement que j’ai voulu multicolore et polysexuel est brocardé en toutes circonstances. Mais ce gouvernement accomplit sa mission salvatrice et magnifique de rénovation historique structurelle.

Eh bien moi, à ce gouvernement qui est le mien, je lui rends hommage !
Oui ! À ce gouvernement de la France que j’ai voulu personnellement, je lui rends hommage.

Je rends hommage à ce levain de la pâte que je pétris.
Je rends hommage à ce bœuf blanc dans l’étable.
Je rends hommage à ce bœuf qui tire la charrue avec toute son énergie, sa foi et son dévouement.
Je rends hommage à ce bœuf qui rallume la flamme de son haleine pour y réchauffer la place de la France dans la crèche du Monde.
Eh bien, moi, à ce bœuf, à qui je rends hommage, je lui exprime ma confiance !
Et je compte sur lui pour aujourd’hui et pour demain.
Et je compte aussi sur la loyauté des ânes fidèles.
Et je compte aussi sur vous qui m’avez élu au moins pour cinq ans pour réchauffer la France de votre haleine.

Je sais ce qui s’est passé ces derniers mois.
J’ai entendu ce que vous avez voulu dire.
J’ai lu les chiffres des récents sondages.
J’ai vu ma cote en pente.
Huit Français sur dix jugeraient mon bilan négatif ?
Huit Français sur 10 jugeraient mon bilan décevant ?
Huit Français sur 10 se mettront bientôt en grève et manifesteront pour mon abdication ?
Ces Huit Français sont-ils seulement de ces vrais patriotes qui ne demandent pas à leur président ce qu’il peut faire pour eux, mais qui se demandent plutôt ce qu’ils peuvent faire pour le patronat.

J’ai compris votre impatience.
J’ai compris votre soif.
J’ai compris vos rêves.
J’ai compris votre insécurité.
J’ai compris vos envies.
J’ai compris votre faim.
J’ai compris vos craintes
J’ai compris vos désirs.
J’ai compris votre pouvoir d’achat.
J’ai compris vos espoirs.
Je vous ai compris !
Vous m’avez compris !
On s’est compris, on se comprend, on se comprendra encore et j’en prends acte.

Je vois que la seule route est celle du Grand Bond.
Je déclare qu’à partir d’aujourd’hui on bondit, mais à reculons.
Cela ne signifie pas qu’il faut régresser socialement et politiquement.
Cela signifie qu’il faut ouvrir des routes qui étaient fermés à l’innovation de la Liberté.
Cela signifie qu’il faut fermer les routes qui étaient ouvertes au corporatisme envahissant.
Alors marche arrière-toute pour mieux prendre son élan et aller de l’avant !

Je vous ai fait des promesses. Vous m’avez élu.
Eh bien aujourd’hui je vous fais celle toute particulière de transformer mes bonnes paroles en bonnes actions humanistes par une révolution socialiste pacifique de l’espoir !
Bien sûr, tout ça ne se fera pas dans les prochaines années de mon quinquennat. Mais n’est-il pas temps de commencer pour continuer ?

Ce que je veux savoir ce n’est pas si j’ai échoué, mais si vous avez su accepter cet échec. Ma plus grande victoire c’est d’admettre cet échec.
L’échec est la mère du succès.
L’échec nous ramène aux choses essentielles.
Il y a des occasions où il vaut mieux perdre que gagner.
Les défaites de la vie conduisent aux grandes victoires.
Les peuples apprennent plus d’une défaite que les rois de la victoire. Car, comme le disait Churchill: « Il n’y a qu’une réponse à la défaite, et c’est la victoire. »

Alors ne baissez pas les bras !
Ne jetez pas l’éponge après la cognée, ni la peau de l’ours avec l’eau du bain.
Nous serons plus longtemps morts que pauvres.

Que chacun d’entre vous compte sur ses propres forces pour survivre, et non plus sur l’État providence pour tirer les marrons.
Que chacun d’entre vous éradique ses propres maladies sans attendre l’assistance publique de l’hôpital qui doit fermer ses portes par un juste souci de rentabilité.
Que chacun se lave les mains pour cause de grippe et de gastro-entérite.
Que chacun invoque les merveilles de la mondialisation plutôt que les craintes irrationnelles qu’elle inspire aux frileux non compétitifs.
Que chacun accueille en lui les nouveaux concepts de « sécurité flexible » et de « révolution culturelle ».
Que chacun d’entre vous s’applique à vivre la modernité au quotidien.
Que chacun crée son emploi s’il n’en a plus.

Jamais je n’ai compris combien c’est beau, combien c’est grand, combien c’est généreux, moi, à la tête de la France !

Vive la France !
Vive Jaurès !
Vive l’Église !
Vive le Patronat !

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French Gothic

Pas de réveillon réussi sans boudin ou, pour les plus démunis, sans de généreuses saucisses.

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la brochette de boudins –
d’après Grant Wood

Faux-vrai-monsieur, pas fier dans son costume de planteur, tient sa fourche composée de  trois  brochettes et, dans un grand éclat de rire, semble dire à Fausse-vraie-madame : « Allons, ma mie, souris, ouvre ton clapet rose!  ôte ton faux camé et ton faux collier d’or, tes lunettes solaires et ta montre à  ressorts, et remise tes vers, et remballe ta prose !  Que sur la charcutaille ton regard se pose, mange au lieu de bouder, et je te prie encore de goûter au boudin, un bijou, un  trésor… Que ton régime, un peu, se détende et repose ! »
Quant à Fausse-vraie-madame, engoncée dans des atours de puritaine de Neuilly et qui est manifestement écœurée d’un tel déballage de tripes, on jurerait qu’elle grommelle entre ses dents patinée à l’ancienne : « Quand on est première dame, qu’on croule sous  les  diamants, les beaux habits, ce ne sont ni saucisses ni boudins que l’on désire… »

Tartala’krem

Bien avant que Rahan ne perce sa première dent, bien avant que Moh’hr ne parte en quête de la  « Montagne qui crache des nuages », bien avant que n’éclate la Guerre du feu, il y a environ 1,7 million d’années avant Jésus-Christ pour être plus précis, avant le cuit donc, Sâr-kô courait et parlait cru…

Sâr-kô avait couru droit devant lui jusqu’à ce que son shirak’er-pê’hêr lui passe dans le dos. Là, il s’était arrêté. Comme tous ceux de sa tribu, il n’avait aucune confiance dans ce morceau obscur qui s’accrochait à ses pas et l’accompagnait dans la lumière. Shirak’er-pê’hêr, c’était du crépuscule qui n’attendait qu’une erreur de l’ôm pour l’entraîner dans les territoires où les corps cessent de souffler de petits vents par les orifices. Sâr-kô se méfiait encore plus de son shirak’er-pê’hêr que celui-ci prenait souvent l’allure de l’ oiseau au gros bec qui mange les bêtes qui ne soufflent plus de petits vents par les orifices. parfois le shirak’er-pê’hêr prenait même la forme du Vô-Toor ou celle du Krô-Kô

Maintenant, la sueur ruisselait dans les plis de sa peau. Il eut un frisson. De grosses ges’ti-kuls bleues le couvraient de la tête aux pieds. Il se trouvait très éloigné du camp de la tribu. Il devait regagner au plus vite son territoire avant que la boule dans le ciel ne disparaisse dans la montagne qui fume. Mais comment avancer sans avoir le shirak’er-pê’hêr dans le dos ? Sâr-kô ferma les yeux et fut emporté hors de son corps aux pays des images. Un long moment plus tard, il grogna : « Eur-êkaa. » Pour tromper son ombre, il courrait parfois comme le kler-ko-kler des rivières qui a des doigts en bec d’oiseau. Il se remit debout et s’élança. Au premier pas en marche arrière, il trébucha et roula au fond d’un petit ravin où, par chance, un épais coussin mou et gras amorti sa chute.
Mêrd’, grogna-t-il.
Ce qui avait amorti sa chute avait une odeur entêtante.
Kêss, grogna-t-il.
Ça lui rappelait quelque chose, mais il n’arrivait pas à mettre un nom dessus. Sâr-kô ferma les yeux et fut emporté hors de son corps aux pays des images. Enfin il eut le mot qui dit l’image dans la gorge.
Kâ-kâ bôoz , grogna-t-il.
Mais kâ-kâ bôoz de quoi ? Il en goûta un petit bout. Ça avait un goût de frez’boa, de punê’ze et de rhô’z . Il ferma les yeux pour être emporté hors de son corps aux pays des images. Un long moment plus tard, il poussa un petit cri et se frappa les fesses de contentement.
Krôt Pin’o-kio, grogna-t-il.
Les gros Pin’o-kio, avec sur leur visage ce long nez qui cueillent les feuilles comme le font les deux doigts d’une main, avec cette peau épaisse, ces grandes oreilles et ces grosses Krôt qui rendent invulnérable celui qui s’en badigeonne. C’était jour de chance pour Sâr-kô qui sentit se retrousser les coins de sa bouche vers ses oreilles.
Eurh eurk, grogna-t-il.
Et il se puis roula longuement dans la krôt pin’o-kio.
Tartala’krem, umpê-umpê, grognait-il  en se frappant les fesses de contentement tant il se sentait invulnérable.

Cependant le jour déclinait dangereusement.

Sous les vents du beau monde. Chapitre 1

– Glossaire –

Eur-êkaa ! : A y est !
Eurh eurk : Ha ha !
Frez’boa : fiente de pigeon
ges’ti-kul: mouche à merde.
kâ-kâ bôoz : excréments
Kêss: Qu’est-ce?
kler-ko-kler : écrevisse
Krô-Kô : tigre
Krôt: bouse
Mêrd’: Zut !
ôm : préhistorique
Pin’o-kio : mammouth
Punê’ze : crotte de bique
Rhô’z : caca de mouche à merde
Shirak’er-pê’hêr : ombre d’ôm
Tartala’krem : au c… la balayette !
Vô-Toor : Hippopotame
Umpê-umpê: y’a d’la joie !

Le rêve de Ballamou

Les 20 propositions formulées par le Comité de réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur ont été Le 26 février 2009 le Comité de réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur remettait ses 20 propositions. Le Comité préconisait de diminuer de 22 à 15 le nombre de régions ; de favoriser le regroupement des départements ; de fusionner la ville de Paris et les départements de la petite couronne  pour créer un « Grand Paris » ;  de créer par la loi onze premières métropoles, à compter de 2014… Le Canard enchaîné a affublé Ballarur de sobriquets édifiants qui jalonnent sa carrière comme  » Sa Courtoise Suffisance, « le grand Ballamouchi « , « Doudou » ou encore « Ballamou ».
2048635042C’est le soir. Dans son palais, plein de fantômes de trente ans,  Ballamou baille,  le doigt sur la carte;  de sa bouche s’échappe un filet de salive.
Ballamou fume de l’herbe à pou; de son immense narguilé s’échappe un filet jaunâtre.
Ballamou sirote une fine Napoléon hors d’âge vieille réserve. Son gros index crochu chemine, sur le vélin, de l’Ain au Morbihan, de la Charente au Bas-Rhin ; à la lame de rasoir il a gratté  les limites de quelques départements.

Le doigt  glisse le long de la Nationale 7, loupe  le pont  d’Avignon, le Palais des papes et Mireille Mathieu — voici Montélimar et ses nougats, les melons de Cavaillon, voici Cassis et son…  Dijon ! le fameux Dijon de Cassis ! hum… le doigt  se lèche les babines. — il caresse Nice,  égratigne Monaco,  un tour au casino : le pactole !  Il file sur la plage, fait des pâtés, plonge dans la mer, barbote,  nage — et s’arrête…

Le doigt  tressaille, il est arrivé en Corse !  L’ île de beauté et son Petit Caporal,  son prizuttu, son Ocatarinetabellatchitchix,  son salamu ! quels délices ! De délicieux filets de bave se répandent sur la carte…  Oh! mais la Corse — le doigt fronce les sourcils…— ses plastiquages ! son  berger de  Cargèse ! ses vendettas ! Oh !  oh ! la lame de rasoir gratte, gratte, gratte avec rage…  plus de berger !   plus de Corse ! plus de Corses ! Ah! ah!
Le doigt s’éponge le front — il y est allé un peu fort… tant pis, il  mangera  de la choucroute et des saucisses de  Strasbourg,  et  vive la charcuterie ! — il entre dans une narine se reposer; il s’assoupit et d’un coup se réveille en sursaut.

Et la Guadeloupe ? et  la Martinique ? et leurs vendettas ? Allez,  zou ! même motif, même combat,  même punition  que1734430840 pour la Corse !… Mais où sont passés ces deux  points noirs ?  Le doigt  fouille la carte — la carte d’Afrique — il longe les côtes de l’AOF,  de l’AEF, il va et vient du Nord au Sud, du Sud au Nord… fou de rage de ne pas trouver les  DOM chez les Nègres,  le doigt crochu brandit sa lame, montre le poing, tire la langue, montre ses fesses, crache son mépris pour ces macaques qui se planquent chez les cannibales ! Dégonflés ! dégonflés !

La lame  voltige dans les airs ! zip ! zip ! Elle  taille en pièces l’Oubangui-Chari, le Moyen-Congo, tchac ! tchac ! — et plus à l’est Madagascar, la Réunion, tchack ! tchac ! Chandernagor, tchac ! Pondichéry, tchac!  le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine, tchac! tchac! tchac!… et   — tchac! tchac! tchac! tchac ! — coupe le doigt — aïe ! aïe ! aïe ! — qui  pisse le sang dans l’Océan.

Fini, le rêve glorieux du cartographe, si mesuré, si diplomate, si politique ! — Cachez, cachez la carte !…  ouille ! ouille ! ouille ! Waterloo ! Waterloo !

Voilà, fallait pas jouer à Napoléon !

Voir, d’Arthur Rimbaud, Le rêve de Bismarck

Faire le point

cadran

M’ME ROYAL .— (Elle regarde le cadran de l’horloge sans aiguilles) C’est quelle vraie heure qu’il est ?

JUJU.— Je ne sais pas. Ma petite montre est morte.

M’ME ROYAL  .— (Elle regarde vers la fenêtre) Il doit être tard rue de Solférino …

JUJU.— Je ne sais pas.

M’ME ROYAL .—  Si, si. Il fait très tard là-bas. Et ça fait longtemps  qu’il  fait tard ! Quand j’y étais, il y faisait toujours plus tôt… ça sentait bon les fleurs des prés… un avant-goût du printemps… même la nuit il faisait jour… Maintenant ça sent les dessous de vieux, ça sent le renfermé.

JUJU.— Je ne sais pas ce que ça sent, je n’ai pas de nez.

M’ME ROYAL .— Mon Dieu, comme l’incertitude est incertaine… Est-ce qu’il va neiger ?

JUJU.— Je crois qu’il va neiger. Mais je ne sais ni où ni quand.

M’ME ROYAL .— Écoutez… J’entends des clochettes retentirent !

JUJU.— C’est le carillonneur des rues.

M’ME ROYAL .— ( elle compte sur ses doigts. ) Trente-sept  heures… Comme le temps passe vite…

JUJU.— Ou le carillonneur est saoul… Il se sera arrêté rue de Solférino… Et il aura bu tout notre caviar…Si on portait plainte ?

M’ME ROYAL .— Trop tard ! Ce qu’il faudrait maintenant c’est de l’innovation… encore une fois les coiffer tous au poteau. Leur montrer c’est qui qui est moderne. Fêter Noël en avance par exemple !… Voilà, ça c’est une bonne idée !

JUJU.— Oui .

M’ME ROYAL .— C’est quel jour qu’on est exactement, par rapport à Noël je veux dire ?

JUJU.— Je n’en sais rien. Je ne compte plus… A quoi bon?

M’ME ROYAL .— Regarde si les guirlandes de la rue sont allumées.

JUJU.— (Il se penche dehors) Non, elles ne sont pas allumées. Elles sont éteintes. Mais les fenêtres de Madame Taupin-Brognard sont allumées.

M’ME ROYAL .— Je m’en tape de cette vieille peau… de toute manière les guirlandes à notre époque  ça ne veut plus rien dire.  Quand c’est que j’étais courroucée déjà ? Quand c’est que  j’ai fustigé le sectarisme de Martine ?

JUJU.— Il y a deux ou trois jours, je crois.

M’ME ROYAL .— Je suis bien entourée ! Je vous signale que nous continuons le combat pour la prochaine présidentielle… Alors, si personne ne se rappelle précisément quand j’étais courroucée,  c’est bien la peine que je me courrouce ! Et qui donc vous nourrira, mauvais enfants, si j’arrête de lutter en me courrouçant ? Les élections présidentielles, c’est dans combien de temps déjà ?

JUJU.— Dans longtemps. Après ce quinquennat.

M’ME ROYAL .— J’attends mon heure, je ne suis pas pressée… Pourtant ce quinquennat il était à moi, comme l’autre… il  ne faut pas toujours dire d’une femme qui tient un poisson à la main : c’est un pêcheuse… Non, il ne faut pas… J’avais le quinquennat en main et flich !  Comme le destin est brutal… Comme la pêche est hasardeuse…

JUJU.— Poissonnière, c’est  moins risqué.

M’ME ROYAL .—  Peut-être… Pour le réveillon je vais remplacer la dinde par des sardines à l’huile… Avec  du chabichou… Et du cidre… Qu’est-ce que vous en dites ?… Ils dorment ! … Juju dort !… Mais je rêve ! … Parfois je suis fatiguée de me battre.

 Octavie Mirbelle
Journal d’une femme de salon

Corbillon

Lettre codée de Carlasse à son amant surnommé « Journal Intime », en date du 8 mars, journée de la Femme. Lettre accompagnée d’une vignette représentant Santa Cârlâ (sainte Poupoule en français).

Santa Carla

Cher Jôurnal Yntyme

Ecôutez-môy avec patyence et rôysôn. Je crôys que je vôys être adôpteuse ôuy ! mère adôpteuse ! C’est  merveylleux, c’est un rêve d’enfance ! Je suys très heureuse, et cômme le peuple va être heureux !  Je pense et rêve tellement à vôus que je crôys que l’enfant vôus ressemblera, en moyns rôse.
D’ôylleurs je pressens qu’yl a vôtre humôur. Nôus pryerôns Dyeu, vôus m’ôymerez, je fylerôy la lôyne de môutôns, je trycoterai des sacs.
Hyer j’ôy senty les premyers sygnes avant côureurs de l’adôptyôn quy ne saurôyent mentyr. Je jôuôys – avec quy vôus savez, suyvez môn regard – au jeu du côrbyllôn. C’est un jeu de sôcyété hônnête et fôrt ennuyeux quy demande  un sens de la répartye et de la ryme : ôynsy à la questyôn « que met-ôn dans môn côrbyllôn ? » yl faut répôndre par une ryme en ôn. Môys à « que met-ôn dans môn côrbyllule ? répôndre évydemment : « dans môn côrbyllule, je mets une renôncule ! » Renôncule est un exemple, byen sûr.
Ôr, à un môment, vynt à nôuveau môn tôur de jôuer, et là – l’espryt tellement ôccupé aux  jôyes futures de l’adôptyôn – à  » que met-ôn dans môn côrbyllard ? » j’ôy bêtement dyt : » tarte à la frayse ! » Môy quy n’ôyme ny les tartes ny les frayses !  Je suys ympayable !

Je ne sygne pas.

A la suite, la lettre décodée, car nous ne parlons pas la même langue.

(suite…)

Casse-bonbons

guillemetIl en rigolait, pouffait dans ses braies, tellement il trouvait les ceusses qui triment couillons comme chapons.

Puis il retournait à sa clique :

– La Cégété, la Haipho, la  Céhaiphedété, les pédagos… creux comme des pets, mes zoziaux ! Prout ! Du vent ! Du balai de chiotte ! Chlouf à la jaille ! Rien ces peaux de balle ! Des trous ! Des carpettes à trous ! Vlam ma botte dans le cul ! Vlam la porte dans la gueule ! Foutus propres à rien ! vous m’entendez charognes !

– T’es point très gracieux ! qu’a couiné l’un des nôtres. Si qu’y t’entendent leurs gayes y  vont renâcler, y vont descendre  sur eul pavé, et même qu’y foutraient le feu à ton Neuilly avec fifisse, et pis toi y te foutraient à la lanterne !

– Mon Neuilly !  Mon fifisse ! Choléra de peste ! Parle pas malheur Pet-de-Lapin, ça porte malheur ! Ça va pas ta santé ?  Mais y a pas de risques maudit minet ! Dans ma main qu’y mangent les bourriques du diable  ! Hue ! Hue ! au boulot les feignasses ! Et les ceusses qui gueulent façon putois, hop-la  président d’ une grosse commission ! Hop-la légion d’honneur !  Hop-la chef de télé ! Hop-la inspecteur académique ! Hop-la ambassadeur ! Quant à leur gayes, je leur fous les foies ! Délinquance ! Immigration ! Bagnole cramée ! Chômage ! Paf dans la tronche ! Tremblez guenilles !
C’est qui qui commande ? C’est qui qu’est chef ? Foutues chiasses ! C’est qui qu’est le roi dans ce bordel ? Vous m’entendez les bites ?

Là il rigole plus le colon ! Et hop toute la compagnie qui s’écrase !  Des courbettes ! Des révérences façon Versailles ! Ventres à terre ! Ça devenait un gros tas de barbaques, boudins mâles et femelles, humides puants.

– C’est qui qu’est le roi que je dis ? y redemande.

– C’est toi qu’est le roi , qu’a recouiné l’autre, sa tête dans un cul.

– J’aime mieux pour vos matricules !

Il pète de joyeuseté à plein boyaux. Tous les boudins de rigoler. C’était seulement une fausse alerte.

Casse-bonbons
Céline

Aller aux bonjours

Relations exactes de ce qui s’est passé durant cinq années dans les coulisses du Théâtre de sa Suffisance.

Michelle de Marillac

Sa SuffisanceSa Suffisance se leva de grand matin, et fit dire qu’elle voulait « aller aux bonjours » dans quelque lieu où niche le peuple banal, et que tous ses ordinaires ministres, secrétaires d’État, présidents de Grosses commissions, eussent à être fin prêts pour l’accompagner, leur ayant fait bailler leur rendez-vous dans les jardins de Versailles où il fit tenir une théorie de berlines blindées et de blindés en forme de berlines.

Son départ fut cependant différé d’heure à heure, tantôt pour essayer de nouvelles talonnettes, tantôt pour une nouvelle mise en plis, tantôt pour joguer dans les allées, tantôt pour essayer des lunettes de soleil, tantôt pour fumer un Havane, tantôt pour essayer une montre, tantôt pour deviser science avec les frères Mogdanov, tantôt pour une leçon de morale qu’il voulait donner à  Téhaifun ou Haifèretrois; tantôt pour autre prétexte.

Cependant le premier ministre avait mis diverses personnes aux aguets pour avertir le petit personnel du palais de ne pas manquer de dire  bonjour à son insuffisance ; ou plus exactement de lui rendre son bonjour s’il lui venait l’envie de leur donner.

Sur les 11 heures, étant averti de la venue de bas Bretons du Guilvinec et de Penmarc’h portant la marée, il  donna l’ordre de fermer  les hautes grilles et de mettre les gardes en bataille  car il ne manquait pas de connaître le tempérament  de ces indigènes à la tête près du bonnet, ce qui ne leur fait point mâcher leurs mots.

Sur les 17 heures,  fendant la presse des nombreux porte-cotons qui attendaient le départ de  leur maître pour le flatter, il   avisa le porte-parole qui ronflotait dans une bergère, le secoua, disant : « Sa Suffisance n’est point encore  prête pour aller au bonjour? »  Le porte-parole rougissant répondit : « Elle s’entretient en particulier avec sa seconde première dame, mais je ne les entends plus chanter depuis fort longtemps. »

Le premier ministre qui en avait ras les couettes d’attendre répliqua :« Font  chier les baiseurs ! » Ce qu’entendant  la gardienne des Sceaux en tailleur Coco d’Armandi et chaussée de pantoufles de vair dit : «  Oh le malpoli , ça va être rapporté ! ». Le Premier ministre, ses humeurs bileuses échauffées, la traita de noms d’oiseaux ; ce à quoi elle répliqua en lui donnant un coup de pied dans la rotule droite; ce que voyant la ministre catholique de la ville assena à cette grenouille péteuse qu’elle avait en horreur deux gifles à assommer un bœuf.

La gardienne des Sceaux  tombée  sur le parquet en point de Hongrie ameuta ministres , secrétaires d’État et présidents de Grosses commissions qui accoururent et se jetèrent dans une mêlée  pour des raisons qu’ils ignoraient
encore mais avec délectation car ils ne pouvaient se sentir ni se voir en peinture.

Et ils  jetaient leur tête entre deux yeux, s’agrippaient les gosiers, se déchiraient les oreilles, s’écrasaient les pieds, se claquaient les joues  et ne manquaient  pas de s’écraser les parties molles comme s’ils étaient à la Bourse.

Sa Suffisance  dérangée  dans ses devoirs conjugaux sortit brusquement de sa chambre. Il est facile de juger quel effroi ce fut dans la mêlée ; on arrêta de se battre,  et c’est  dans un silence de Panthéon qu’elle  interrogea l’assemblé  : «  Quoi ce ? »   Un homme, le ministre de la Politesse, du Respect, de la Correction, de la Civilité  & des Révérences,  hors de lui, répondit fort mal à propos par ce demi alexandrin de charretier : « Ta gueule, pauvre con ! » Ce qui mit fin ce jour à sa  prometteuse carrière et à la chasse aux bonjours.

 

Nota bene : « Aller aux bonjours »  est une activité qui  par certains aspects ressemble à la chasse à courre : grand équipage, grand train et curée au final.

Xalatzatzecotl

Ange adoré,

Dans votre dernier courrier, vous me demandiez quelque drôlerie sur la langue des indigènes que j’étudie à ces latitudes extrêmes. Je vais, par la présente, combler votre curiosité.Ces gens ont un riche vocabulaire pour désigner le xalatzatzecotl dans tous ses états. Ainsi, apprenez que coatzatzecotlmexatzecotl est le perché endormi sur une branche de l’arbre ; quatapotzetocl,  le tombé de la branche sur laquelle il s’était endormi ; quictl, le tombé prêt à plumer ; etc.

« Bon sang ! Il passe le plus clair de son temps dans un arbre l’animal ! » Vous exclamerez-vous. Je vous dirai que c’est exact, mais durant la nuit seulement. Vous imaginez bien que la bête mange, fiente, se bat, se reproduit, pond, couve etc. en cent quatre termes que j’ai relevés. Comme ce serait trop long à lire, voici de suite ma drôlerie…

Lorsque les hommes chassent le xalatzatzecotl dans les forêts et les savanes où il vit, ils le nomment xulutluxluxuclu (qui est une imitation phonétique de son chant détestable) comme vous dîtes « Cocotte » ou « Zézette » pour appeler votre poule naine ou la bonne.

Cette construction onomatopéique a ceci de particulier – en sus – qu’elle signifie dans leur langue : « Roi (xulu) arrière (tluxlu) voir (luxuclu) » N’est-ce pas fort salé ? Toutefois, rassurez-vous, pour l’édition de mon récit de voyage, je ne traduirai pas xulutluxlu par : « roi-montrez-nous-votre-fondement » mais par « gueulougueulou » qui est beaucoup moins vulgaire me semble-t-il. De plus, la volaille ressemble tellement à notre dindon – tant par son physique que par ses mœurs – qu’on jurerait entendre sa sœur jumelle.
Adieu  cacaotl adoré, je dépose mille xuxutli sur votre popopetl. Sous peu vous recevrez la fable du Xotl et du Bex qui vaut son pesant de cacahuetls.
Votre  Xlixli

Li meschant Sans-papier

Conte  droslatique

Li meschant Sans-papier

mort et âme
Deux vilains & noirs desmons fuient du nesgre pendu blesme.
Or le roy que chatouilloyt fort son dezir,  fut prins par  une phantaisie chaulde, à scavoir livrer bataille au pucelaige de la Glaude, femelle de ménaige négresse,  laquelle gaignoyt  misère en faisant les poussiaires au  trosne.
Les reins et couillardes du verrat qui  rioyt, prioyt  frétilloyt et estoye en grande ferveur pour lucter avecques la vierge, lui matagrabolisoient la cervelle et la grignotoient de partout, tant et tant que le  vit  fut soubdain dilatez  chatouillez, envenimez, graphignez, herrisez et fringuans, comme si mille pannerées d’aiguilles se treuvoyent en lui.
Son maistre bouillant fit ce que il avoyt à faire, à sçavoir que il embobelina, menaça,  désempacqueta la Glaude que il saulta à la hussarde grâce à l’aide d’un tabouret,  car Dieu qui a faict les pucelles pour être  prins comme les perdix, à sçavoir  estre embrocheez et rosties, tend Sa main aux hommes dans la nécessité de s’élever.
Le lendemain, à ceste horrificque nouvelle, le  fiancé marry de la Glaude, qui s’appeloit le Glaude, et estoit un nègre sans papier timbré, décida de se venger. Il s’alla quérir une ymage de l’ espouse du roy que il déchira en mille morceaux et jeta dans le trou puant de latrines; ce que étant grandissime outrage, le nègre fut poursuivict jugé et branchiez à une potence, telle l’andouille de Guéméné sur la rivière le Scorff qui est en Bretaigne, car dame Justice aime la charcuterie et veille sur nos rois.

Les Nécropithèques

Sous les Quinquennats, au bord de la longue route semée d’embûches, au détour d’une sente donnant sur un cul-de-sac, gît le gueux éventré par la faux du libéralisme. Au pied du gratte-ciel du BTP audiovisuel, l’agence d’intérim sans pitié a lapidé le bamboula qui rêvait de revêtir son costume de CDI ; le banquier a cru méritoire d’écraser sous son talon le jeune couple d’endettés ; une rafle a fait choir par la fenêtre aux vitres cassées une sans papiers ; un fonds de pension a chassé de leur maison, et envoyé on ne sait où, des familles à recycler.

Que vont devenir ces lamentables déchets, du moins ceux qui sont encore en vie ? Le regard, l’ouïe, l’odorat et les cordes vocales du Rossignol turinois n’en seront pas longtemps offensés. Son récital de charité en nocturne aura bien lieu.

Les préposés à l’hygiène de notre belle République sont légion et sans honneur. On  connaît ces bêtes depuis l’Age des cavernes. Elles n’ont pas changé.

Jeanne-Henriette Fabre – Histoire surnaturelle

Les Nécropithèques

Accompagné de son escorte de vers gras et de sangsues avides, le Foutriquet, de la famille des nécropithèques,  la gueule encore pleine des tripes de sa précédente victime,  jamais rassasié, s’en vient ripailler à nouveau.
 Ardent flibustier, propre à toute besogne, le Polemploi accourt le premier et commence la dissection par abattis numérotés du survivant mal en point. Bientôt le fumet de la venaison attire par escouades, le Consultingue-management, le Faire-le-point poudré à neige sous le ventre, le Rebondir-en-avant-toute aplati, le Remise-à-niveau trotte-menu, le Je-rédige-mon-cv fluet, qui tous, d’un zèle jamais lassé, grassement rétribués, gonflés de suffisance, hargneux d’incompétence, fouillent, décortiquent les rescapés du chemin et tarissent leur révolte à coup de bilans de compétence, de mobilisations sur projet.

Quel spectacle sous les gueux ! L’horreur est une chose édifiante pour qui sait voir et méditer. Surmontons notre répulsion; relevons du pied une de ces variables d’ajustement qui vient de vider deux ou trois litres de mauvais rouge, une boîte d’anxiolytiques, une d’antidépresseurs et une autre de somnifères avant de songer à se pendre. Quel grouillement là-dessous, que d’ antiques sauvageries, quel tumulte d’affairés, quelle révolution !

Mais le Foutriquet qui avait mené la première attaque mortelle, tripes en gueules, laid  comme une chiasse de cholérique et peureux comme un pape, a déjà  disparu par quelque trou nauséabond dans un bruit de casseroles et un nuage de poudre dorée; les Secrétaires des tas, boudinés dans leur pet-en-l’air de haute-couture, fesses emballées dans un string de soie, détallent en bousculant sur leur passage les Ministres aux poches pleines, embarrassés par leur butin disproportionné avec leur moteur ; les Sénateurs, rouges trognes et larges bedaines en avant, fuient péniblement, se blottissent dans les craquelures de la Constitution – en l’honneur de leur haute fonction, ils fleurent la naphtaline et portent comme un rouge pompon, la rosette; les Députés, l’écharpe tricolore élégante en travers des élytres, le cul poli où miroitent les lustres et les ors de la République, trottinent à la hâte, désertent leur banc et le perchoir en caquetant de vagues hymnes ainsi qu’il convient à des employés des pompes funèbres ; les Think-tank, aux mandibules en forme de scalpel, et dont l’un porte pèlerine beige rayée de gris sale et mouchetée d’hermines noires, tentent de se carapater, mais, repus, la sous-ventrière prête à péter, culbutent et montrent le rose tripier de leur ventre mou, contraste violent avec la mine verdâtre.

Que faisaient-ils là, tous ces enfiévrés de  besogne ? Ils se gorgeaient de la pièce exploitée, puis, heureux au logis, ils copulaient et leurs machines détraquées finissaient en d’aberrantes pontes et éclosions de larves qui remettaient le couvert au dessert..

Comme il sied aux gens bien élevés, remettons en place le gueux et passons

La Légion des Vives Forces

       Des que des hordes anarcho-pédogogistes tentent de prendre en otage les enfants de France, Super Ducont, de la LVF, vient secourir les malheureux bambins qui, abandonnés de leurs maîtres et maîtresses grévistes, vont sillonner  les routes qui à  la recherche d’un rare abri, qui en quête d’un chiche  quignon de pain sec – risquant à chaque pas de rencontrer le loup et sa queue.

super Ducon

Chaussé de son béret noir, Super Ducont exprime aux géniteurs et à leur progéniture sa compassion , sa sollicitude et leur dit : » Tenez bon, bientôt le droit de grève ne sera plus qu’un mauvais souvenir ! »

On le voit ici dans une attitude froide et net, comme retiré dans ce grand calme qui atteste la confiance dans la durée. C’est le jarret ferme et la moustache altière qu’il s’adresse également aux maires de France :  » N’abandonnez pas vos filles et vos fils sur le trottoir  aux vents mauvais, tels de vulgaires immigrés sans-papiers ! Faites respecter la loi républicaine qui est notre fierté  et réclame le maintien rigide de certains principes!  Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l’observe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité. Tout le monde en classe ! »

Journal d’un bourgeois de Paris

Jour du seigneur, ce 24 juing de l’an II mille VII

Les avant derniers jours du pays furent apportées des nouvelles de la Maldonne Royal en mission chez les vrays françoys de sa province qui est la patrie du chabichou et des pantoufles authentiques.

En vray, elle estoit en fuite, comme Goddam sur toile cirée, pour ne point vouloir ouïr communication et remonstration du Péhaisse qui, après les élections et la défaite, s’estoit réuni en congrès en la ville de Paris où il fut connu que le parti estoit en grand danger, à sçavoir éclater en l’air comme crapaud enfumé.

En ce temps, la Maldonne courroit d’antiques peintures pictes et donnoit sa bénédiction aux mal comprenants participatifs friands de ses caresses comme ses Marmousets le sont des bananes.
Et tous ceux qu’elle baisoit, marris de l’infortunité de leur royne, la virent en beaulté, riant de bonnes dents longues et blanches, tantôt comme une veuve au bal venue pour de nouvelles épousailles, tantôt comme un loup dans la biquetterie venu faire chère de chêvres au lait cru.

De villaiges en champs, elle fut moult plain, car quoiqu’elle ne fut point estimée de tous, elle l’estoit encore de beaucoup de partisans qui se faisoient appelés les Bons-Bons, car la rose c’est périçable. Et ce beaucoup de Bons-Bons, craignoit fort qu’en Paris, leur royne fut condempnée par ses compaignons de parti et, après avoir fait amende honorable en tailleur de bure, et ses discours traîtres et phrases creuses en sa présence bruslés, à estre menée et en enclose à perpétuité au pain sec et à l’eau de boudin en une certaine abbaye, ou donnée à la Droite qui occupoit le pays de France, et ce au grand débarras de la Gauche qui partoit à vau l’eau.

Dieu luy face pardon et mercy.

*

Jour du seigneur, ce vendredy XX° jour d’avril de l’an II mille VII

A celles et ceux qui cette présente verront, salut et bénédiction.

Le vendredy XX° jour d’avril de l’an II mille VII, Nicolas qui n’estoit pas encore le Un, alla parader en Camargue le pays du Taureau ailé. Il chevauchoit un bourrin blanc qu’il nommoit Mes Principes à cause qu’il s’asseyoit dessus.
A la suite du centaure, venoient quarante journaleux,  autant que de voleurs, que l’on avoient encagés sur un carrosse sans toit tiré par un tractor.
Nicolas, qui n’estoit pas encore le Un, voyant la procession au soleil  tapant de la couleur de l’écrevisse après qu’il a été mort et sauté sur feu vif, les moquait tous disant qu’il les trouvoit pâlichons, que l’air leur feroit du bien et aussi que si Mes Principes , sondict cheval, bavait c’estoit à cause d’une journaleuse qui estoit agenouillée à ses pieds.
A brief parler,  ne faut esbahir  que souventefois des gens que l’on diroit hardys et courageux  le voyant apparaistre se mettoient à terre, car icelle est plus près des bottes à lécher et d’autres choses encore.

Après le sacre de Nicolas le Un, je choisis la gravure cy-dessous qui sembloit résumer l’avenir, à sçavoir  un vacher menant des bestes vers l’abattoir.

sarko en camargue

Jour du seigneur, ce 8 may de l’an II mille IX

*

A celles et ceux qui cette présente verront, salut et résistance.

Le jour dict, Nicolas le Un s’en alla à Sainte-Maxime. Mais comme il faisoit froyd, il ne prit qu’un bain de foule. Il s’estoit fait accompager du Dauphin, de  Balkany qui habitoit les  Ecuries d’Augias et de Fromentin qui avoit hérité de la bonne ville de Neuilly-sur-Seine où une messe pour la paix fut donnée ce jour en l’église de saint Jean-Baptiste à 10 heures.

Nicolas le Un avoit choisi ce lieu en bord de mer – qui sonnoit bien à ses oreilles – car il désiroit que les discours de son règne fussent appris  par les enfants des escoles telles les maximes des moralistes, par petits bouts.

Il avoit cherché  un Saint Fouquet mais n’en avoit poinct trouvé. Et c’estoit fort dommage car il aimoit fort une rostisserie du nom de Fouquet’s, sise à Paris, où il avoit festé son sacre et qu’il avoit connaissance d’une gargotte  nommée Maxim’s et qu’il trouvoit cela drosle.

Il avoit aussi choisi Sainte-Maxime à cause que maxime chez les Latins vouloit dire: « le plus grand, le plus illustre  » et qu’il se disoit que ça ne pouvoit poinct lui faire de mal.

Or en ces temps de Cryse, beaucoup de  ses proches  Bons-Bons commençoient à douter de lui et l’appeloient entre-eux non point Maxime mais Minime-Homme, disant qu’il esclateroit bientost comme la grenouille du fabuliste Esope ou comme un pet d’ours au sortir d’hyver.

Dieu luy face pardon et mercy.

*

La sornette d’alarme

le mort saisi le vif

Quand vous étiez couché, râlant, sonnant la bonne,
Louis Quatorze et Napoléon à vos côtés,
– L’un ayant de chagrin sa perruque haute ôtée,
Et l’autre son bicorne – sonnaient aussi la bonne.

Ils oyaient la plainte de l’oiseau Rossignol
Qui criait à l’Olympe, à Lourdes, à  l’Élysée :
 » Monsieur est mal en pis ! Monsieur va défuncter !  »
Je confiais au Passeur, qui les humains rançonne,

Que si Monsieur fut mort, — Ha ! non ! n’en doutait pas ! —
Le Roi Soleil, Napo, et peut être Obama,
Eussent vu du Français, orphelin, en liesse.

Ankou, vexé, força  grandement sa fierté :
—Miracle ! —  en un clin d’œil, lui rendant la santé,
Elle le ressuscita  d’un coup de pied aux fesses.

A. de Coctel
Les sonnets de la Toile cirée & du Fer à vapeur

Le déontologue

Deontologus

Comte de Bouffon – Histoires surnaturelles

Nous ne donnons pas ici  la figure d’un déontologue mâle  qui était vivant au dernier salon de l’agriculture, parce que celle qui figure au volume IX – planche XXIX, a fait peur à maintes personnes par le talent qu’eut le dessinateur à le mettre en situation de bien montrer ses traits, et notamment son nez, ses oreilles et son regard tout entier.

Ce  premier déontologue était  mou, au lieu que celui dont nous donnons la description ici est très-mou. Ainsi un semblable se distingue de son semblable par une différence car ils ne sont pas identiques. Mais voici, à votre gauche, son bonnet en cas de frimas. Aux oreilles on accroche les grelots pour annoncer sa venue et les plumes de paon qui l’ornent sont en faisan.

On  marche dessus le déontologue très-mou qu’il ne bronche pas. Et quoique l’on s’y essuie le dessous des bottes, l’instant d’après il ne paraît pas s’en souvenir ; il joue avec vous qui lui mettez la main dans la gueule sans en rien craindre ; au reste le déontologue n’a pas de dents, mais sa langue colle.

deontologueLe déontologue très-mou étant absolument de la même espèce que le déontologue mou, et tout semblable à celui dont nous avons donné la fameuse description vol. IX, planche XXIX. Nous n’avons rien à y ajouter, sinon que ce dernier a la queue en trompette et qu’il porte la tête encore plus baissée en direction du postérieur qu’on se plait à penser qu’il fait sa toilette.

Il existe dans les parties éloignées de la Sarkozie et de la Hollandie un déontologue plus mou encore que le déontologue très-mou d’Ile de France, et qui a aussi le corps plus malingre  et plus petit à proportion, mais le museau plus allongé et plus ressemblant à celui d’un hippopotame, en sorte qu’il ouvre la gueule beaucoup plus large.

Cet animal est si teigneux que s’il enlève aisément une éponge il peut l’emporter à une ou deux lieues sans la poser à terre quand bien même on le lui ordonne. Il a le poil dans le sens du poil, ce qui facilite le brossage,  mais ce poil est encore plus lisse que l’autre déontologue. Les bandes transversales et les hermines y sont plus noires ; la crinière,  où l’on accroche  nœuds  et rosettes,  ne rebrousse pas du côté de la tête, mais du côté de la queue et dans le sens du vent.

M. le chevalier Dunoyer de la Ribotte de Long-Sault  a observé le premier que ce déontologue très-très-mou, ainsi que les autres espèces, ont un singulier défaut ; c’est qu’au moment qu’on les force à se mettre en mouvement, elles sont boiteuses tantôt de la jambe droite,  tantôt de la jambe gauche ; cela dure pendant environ une très longue distance, environ un très long temps et d’une manière si marquée, qu’il semble que l’animal culbuter d’un côté ou de l’autre comme par l’ivresse, tourne en rond sans fin comme sous l’effet d’une mauvaise drogue. Effectivement.

Malgré les plaintes des uns et des autres, je donne ici la figure d’un déontologue mâle du  vol.IX, planche XXIX.

Fausto Bocchi