Les Nouveaux malheurs de Sophie

Camille.- Moi, si j’étais Père Noël, je donnerais des poupées au Pape.

Madeleine.- Moi, si j’étais Père Noël, j’offrirais des poupées au président de la République.

Les deux fillettes demandèrent  à Sophie à qui elle donnerait des cadeaux dès qu’elle serait Père Noël.

Sophie.- A personne. Et le Père-Noël n’existe même pas, na ! Dieu est mort ! A bas les calottes !

Camille et Madeleine ( outrées).- Oh ! C’est interdit de penser des choses pareilles ! C’est encore plus interdit de les dire ! Tu seras punie!

En disant cela, elles ramassèrent des galets qui bordaient l’allée et les jetèrent à la tête de Sophie. Puis elles s’enfuirent en criant : «ça va être dit! ça va être dit ! »
Quelques minutes plus tard Madame de Fleurville s’en vînt à grand pas vers Sophie. Elle la prit par une natte et l’emmena, sans dire un mot, dans une partie de la cave du château que Sophie ne connaissait que trop bien.

Mme de Fleurville -. J’en apprends de bien belles sur votre compte, mademoiselle. Vous ne cesserez donc jamais de faire votre anti-sociale ?Sophie.- Mais non, je vous assure madame, je n’ai rien fait de mal. C’est Madeleine et Camille qui m’ont jeté des pierres à la tête. Regardez, je saigne.

Mme de Fleurville.- Vous avez dit que si vous n’étiez pas Père-Noël vous ne donneriez pas de cadeaux en plus ! C’est très mal. Et,  vous vous laissâtes aller à dire des choses d’une telle horreur que ces deux enfants n’ont pas osé me les répéter tant elles étaient horribles !  Camille et Madeleine ont eu grandement raison de vous faire taire. Cependant elles seront privées de soupe aux pois et de tarte aux épinards pour avoir abîmé la bordure de l’allée en arrachant les galets joliment disposés par notre jardinier qui vient pourtant de perdre ses six enfants et sa très chère femme par une combinaison d’accidents et de maladies incurables soudaines et fulgurantes dont la Providence, qui cette fois n’y est pas allée de main morte, a le secret. Elles qui adorent mes soupes et mes tartes, ce sera leur punition !

Sophie.- Oui, madame.Mme de Fleurville.- Maintenant, Sophie, les raisons de votre dernière incartade  ?

Sophie.- Mais vous allez vous emporter.

Mme de Fleurville.- Point du tout ! « Parfois sévère, mais toujours juste», telle est ma devise . Allez , petite sotte, je vous écoute.

Sophie.- Mais l’autre fois quand j’ai dit  que si j’étais grande je voterais NON au référendum sur l’Europe, vous m’avez coupé une oreille.

Mme de Fleurville.- La menteuse ! C’est le fouet qui vous a coupé cette vilaine oreille décollée. Dieu m’est témoin que vous ne cessiez de bouger vicieusement!

Sophie.- Mais quand j’ai dit – quand j’étais petite – que, si j’étais grande, je ne voterais jamais à droite, vous m’avez coupé deux doigts.

Mme de Fleurville.- Qu’est-ce que cette invention ? C’est encore le fouet qui vous a sectionné deux de vos doigts boudinés. Vous vous trémoussiez avec l’ardeur d’une possédée qui lui était impossible de viser juste.

Sophie.- Mais quand j’ai dit  que si j’étais grande je ne…

Mme de Fleurville.- Taisez-vous, insolente ! Vous n’êtes pas morte à ce que je vois. Vous qui avez la langue bien pendue, répondez plutôt à ma question : pourquoi le Père Noël n’existerait pas, si ça lui chante, pour  m’offrir un diamant ?

Sophie ( elle hésite longuement) .- Parce que Dieu n’existe pas, alors le Père Noël…

Mme de Fleurville.- Oh, l’impie…la révoltée… le vilain boudin… la laide… l’anarchiste ! A continuer sur cette voie, vous finirez pétroleuse en banlieue ! chez les pauvres! à brûler des fiacres et des berlines!

Quant au fouet, dont vous allez tâter sous peu, je demanderai cette fois au dompteur d’éléphants du cirque Pantoufla, en visite dans notre ville, de le manier. Vous n’aurez plus sujet de vous plaindre dans l’avenir de je ne sais quel abattis manquant. Certes je ne sais pas viser, mais je ne frappais pas fort, moi !

Sophie (au bord des larmes).- Oh, madame, le cirque Pantoufla avec le cloune Kouchner ? Moi qui voulais tant l’applaudir avant de mourir SDF et handicapée dans le Neuf-Trois.

Mme de Fleurville.- Quelle chanson, quel air, quel refrain, quel caprice sont-ce là ? Des clounes vous en voyez assez à la télévision, non ?

Sophie.- Oui, mais celui-là c’est le meilleur de tous, « the king of all the circus in the world ! » Ah, si seulement je n’avais pas dit que le Père Noël n’existait pas, et aussi que je ne voulais pas faire de cadeaux à…(elle s’effondre en larmes).

Mme de Fleurville (émue).- Mon enfant… mon enfant…

Sophie.- Ah, madame, si je n’eusse point été anarcho-bolchévique au temps de ma jeunesse folle !

Mme de Fleurville.- Je vois poindre un repentir, Dieu et le Général ne vous ont pas abandonnée tout à fait.  Serait-il sincère ce repentir, Sophie, qu’il trouverait une oreille attentive dans mon cœur qui lui tendrait les bras.  Soit , vous ne serez pas fouettée, mais, comme juste punition, vous me ferez le plaisir de composer un joli compliment en vers libres, pour notre président, ça lui fera grand plaisir, lui que de méchantes langues brocardent à l’envi. Quand au cirque et au cloune Kouchner, nous verrons.
Sophie (aux anges).- Oui, madame.
Publicités
Article précédent
Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :