Interview imaginaire

– Le sociologue sportif : Ben alors ? Qu’est-ce qui c’est passé ? Vous étiez tout nerveux, fébriles, aventureux, déboussolés, crispés…

– L’entraîneur ministrable : Ch’ais pas, les autres étaient morts de faim… Alouette ! On s’est fait enfiler profond le cul dans la bassine et plus moyen de s’en sortir. On n’a pas su maîtriser notre destin. Le béchigue nous a filé entre les pattes. Pourtant ils sont comme nous, ils ont quinze bras quinze jambes !

– Le sociologue sportif : Vous aviez la tête dans le maillot jaune, avant de la mettre dans le sable, sur la pelouse… dans les choux… au bord du gouffre. Pourtant sur votre calendrier, les joueurs n’ont pas l’air d’avoir de pellicules dans les cheveux, alors qu’ils étaient très émotifs sur le terrain.

– L’entraîneur ministrable : Manquerait plus que ça ! Des pellicules ! Pourquoi pas de l’acné ! On est sous Head & Shoulders de Procter& Gamble qui depuis plus de 40 ans n’a qu’une idée en tête : éliminer les pellicules et qui a réussi ce challenge grâce à une formule Hydra-zinc, au brevet exclusif qui…

 – Le sociologue sportif :  Un manque de protéines, de vitamines ?

– L’entraîneur ministrable : Que dalle, on est nourri  au Madrange !

– Le sociologue sportif :  Mais peut-être que vous n’avez pas su allier les valeurs de bien être et de convivialité que votre équipe entretient avec ce jambon et la rage de gagner en bouffant les couilles des Pumas.

– L’entraîneur ministrable :  Peut-être… Mais je me demande, finalement, si pendant la phase de préparation de la coupe du monde, on n’a pas trop fait l’impasse sur le pruneau. C’est important le pruneau, fruit d’un savoir-faire ancré dans le patrimoine culinaire du Sud-Ouest depuis la plus haute antiquité et qui satisfait aux exigences actuelles d’une alimentation saine et équilibrée alliant diététique et gourmandise.

– Le sociologue sportif : De toute manière vous avez perdu.

– L’entraîneur ministrable : Si ça continue, il va falloir que ça cesse ! Mais en fait le résultat on s’en fout, ce qu’il faut c’est gagner ! Et ne pas oublier la règle des trois P : pousser, plaquer, courir.

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Les aventures de Nicolettinotello

Les aventures de Nicolettinotello et de son bourreau Mort-Feu

Mort-Feu entra chez Nicolettinotello les yeux teintés de rouge, la pelisse râpée, maigre comme carogne et son cuir de  la face jaunasse comme vieilles dents de palefroi de réforme.
« Quoi-ce, bel Ancoucou ? » dit le roitelet en se moquant de son bourreau en parler breton, car il n’aimait ni ce patois ni les gens qui le parlaient.
– Je suis malenpoint, Sire.
– Ah ? dit le sire.
– Oui da, mon Aérostat. J’ai un vermisseau long comme quinquennat, vorace comme quaque-quarante qui me bouffe mon manger au ventre. La bête ne me laisse pas un rogaton des migreux, migreuses et migrelots que je dévore. J’ai beau, j’ai beau, j’ai beau me bâfrer de forains et d’étrangers rien ne tient au ventre…
– Allons donc !
– Si fait mon Roiteletinou ! Et Dame Faim gueule tant de matines à complies que ce tantôt encore je bouffais des cadavres de hérissons et de chats sur la route pour la lui  mettre en veilleuse.
– La raison que tu putoyes la mort tant et plus !
– Que nenni, mon Présipoupoute. Je me lavais la goule dès sustentation achevée, et ma poisseuse pelisse changeait par icelle proprette.
– Alors, dis-moi d’où vient ce fumet de morgue des Enfers ?
– La cause, ici, en est ton cervelet que tu sens par ton nez. La chose est rare encore que maintes fois attestée dans la Vies-des-Rois-Saints .
Étonné de ce nouveau don du ciel qui le gâtait fort, Nicolettinotello éternua dans sa paume pour humer ses boyaux de tête.
« Diabolo ! Je suis en avance sur ma putréfaction ! Tellement que je dirais être trépassé depuis maintes lunaisons !
– Tu dis bien ! fit Mort-Feu. »
Et, comme Dame Faim criait encore famine, il croqua prestement une pièce de la joue et une de la fesse du défuncté vivant.
« Comme tu y vas ! cria Nicolettinotello.
– Mais Seigneur, tu es perpétuel autant qu’en expansion. Un peu de moins en plus de ta personne ne te fera pas disparaître !
– C’est vrai, reconnu sa Hautesse.
En vérité il aimait qu’on l’aimait mort ou vif, car il avait lu dans sa Vies-de-Rois-Saints que lorsqu’on mangeait de la royauté c’était bon signe.
« Alors, que t’en dis-tu de ma viande ? demanda-t-il à son bourreau.
– La joue est molle et la fesse est grasse, oracula Mort-feu. Il te faudrait rire et courir pour musculer le haut et le bas.

Reconnaissant que le conseil était bon Nicolettinotello dit :« Je suivrais ton avis. Et pour te remercier, je te donne concession à perpétuité dans les cimetières du royaume pour étancher ta grande faim et celle de ton vermisseau. Creuse, prends de la peine : c’est le fonds qui manque le moins.»

Et dès ce jour, on vit courir à qui mieux-mieux Nicolettinotello à la manière d’un dindon palmé – mais rire de cœur bon il ne savait point le faire – Et il se claquait tant les joues et les fesses en même temps qu’il gambadait que certains le disaient fou et les autres le pensaient. Car il était de mauvais Français qui n’avoient point lu la Vies-de-Rois-Saints.

Portrait torché

guillemetQuant à Hollande , lui aussi vous stupéfie, au premier abord. On se trouve en face d’un brouillis absolu de bleu, de blanc et de rose frottés avec un chiffon, tantôt tournant en rond, tantôt filant en droite ligne ou bifurquant en de longs zigzags. Des virgules de couleur blanchâtre braient, des pâtés de tons pâles bêlent, tout ce tohu-bohu, pêle-mêle, mastiqué au couteau, bouchonné, torché à coups de langues.

Cela, vu de très près donne le mal de mer, et, à distance, tout s’équilibre. Devant les yeux dissuadés, surgit un merveilleux pays de Cocagne, une société féerique irradiée sous un soleil dont les rayons s’irisent. Où, dans quel pays, dans quel Eldorado, dans quel Éden, flambent ces folies de clarté, ces torrents de jour réfractés par des nuages laiteux, tachés de rouge feu et sillés de pourpre et de  violet, tels que des fonds précieux d’opale ? En France.

Un pâle firmament fuit à perte de vue, se noie dans un horizon de nacre, se réverbère et marche dans une eau qui chatoie, comme savonneuse, avec la couleur du  boudin coloré des bulles. Dans ce margouillis une figure apparaît, grassouillette et chauve, les paupières lourdes portant  lunettes. Une face en poire tapée comme vue dans un verre de bouteille. C’est le président.

Incertains, Huysmans.