Portrait torché

guillemetQuant à Hollande , lui aussi vous stupéfie, au premier abord. On se trouve en face d’un brouillis absolu de bleu, de blanc et de rose frottés avec un chiffon, tantôt tournant en rond, tantôt filant en droite ligne ou bifurquant en de longs zigzags. Des virgules de couleur blanchâtre braient, des pâtés de tons pâles bêlent, tout ce tohu-bohu, pêle-mêle, mastiqué au couteau, bouchonné, torché à coups de langues.

Cela, vu de très près donne le mal de mer, et, à distance, tout s’équilibre. Devant les yeux dissuadés, surgit un merveilleux pays de Cocagne, une société féerique irradiée sous un soleil dont les rayons s’irisent. Où, dans quel pays, dans quel Eldorado, dans quel Éden, flambent ces folies de clarté, ces torrents de jour réfractés par des nuages laiteux, tachés de rouge feu et sillés de pourpre et de  violet, tels que des fonds précieux d’opale ? En France.

Un pâle firmament fuit à perte de vue, se noie dans un horizon de nacre, se réverbère et marche dans une eau qui chatoie, comme savonneuse, avec la couleur du  boudin coloré des bulles. Dans ce margouillis une figure apparaît, grassouillette et chauve, les paupières lourdes portant  lunettes. Une face en poire tapée comme vue dans un verre de bouteille. C’est le président.

Incertains, Huysmans.

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French Gothic

Pas de réveillon réussi sans boudin ou, pour les plus démunis, sans de généreuses saucisses.

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la brochette de boudins –
d’après Grant Wood

Faux-vrai-monsieur, pas fier dans son costume de planteur, tient sa fourche composée de  trois  brochettes et, dans un grand éclat de rire, semble dire à Fausse-vraie-madame : « Allons, ma mie, souris, ouvre ton clapet rose!  ôte ton faux camé et ton faux collier d’or, tes lunettes solaires et ta montre à  ressorts, et remise tes vers, et remballe ta prose !  Que sur la charcutaille ton regard se pose, mange au lieu de bouder, et je te prie encore de goûter au boudin, un bijou, un  trésor… Que ton régime, un peu, se détende et repose ! »
Quant à Fausse-vraie-madame, engoncée dans des atours de puritaine de Neuilly et qui est manifestement écœurée d’un tel déballage de tripes, on jurerait qu’elle grommelle entre ses dents patinée à l’ancienne : « Quand on est première dame, qu’on croule sous  les  diamants, les beaux habits, ce ne sont ni saucisses ni boudins que l’on désire… »

La Légion des Vives Forces

       Des que des hordes anarcho-pédogogistes tentent de prendre en otage les enfants de France, Super Ducont, de la LVF, vient secourir les malheureux bambins qui, abandonnés de leurs maîtres et maîtresses grévistes, vont sillonner  les routes qui à  la recherche d’un rare abri, qui en quête d’un chiche  quignon de pain sec – risquant à chaque pas de rencontrer le loup et sa queue.

super Ducon

Chaussé de son béret noir, Super Ducont exprime aux géniteurs et à leur progéniture sa compassion , sa sollicitude et leur dit : » Tenez bon, bientôt le droit de grève ne sera plus qu’un mauvais souvenir ! »

On le voit ici dans une attitude froide et net, comme retiré dans ce grand calme qui atteste la confiance dans la durée. C’est le jarret ferme et la moustache altière qu’il s’adresse également aux maires de France :  » N’abandonnez pas vos filles et vos fils sur le trottoir  aux vents mauvais, tels de vulgaires immigrés sans-papiers ! Faites respecter la loi républicaine qui est notre fierté  et réclame le maintien rigide de certains principes!  Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l’observe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité. Tout le monde en classe ! »

Le déontologue

Deontologus

Comte de Bouffon – Histoires surnaturelles

Nous ne donnons pas ici  la figure d’un déontologue mâle  qui était vivant au dernier salon de l’agriculture, parce que celle qui figure au volume IX – planche XXIX, a fait peur à maintes personnes par le talent qu’eut le dessinateur à le mettre en situation de bien montrer ses traits, et notamment son nez, ses oreilles et son regard tout entier.

Ce  premier déontologue était  mou, au lieu que celui dont nous donnons la description ici est très-mou. Ainsi un semblable se distingue de son semblable par une différence car ils ne sont pas identiques. Mais voici, à votre gauche, son bonnet en cas de frimas. Aux oreilles on accroche les grelots pour annoncer sa venue et les plumes de paon qui l’ornent sont en faisan.

On  marche dessus le déontologue très-mou qu’il ne bronche pas. Et quoique l’on s’y essuie le dessous des bottes, l’instant d’après il ne paraît pas s’en souvenir ; il joue avec vous qui lui mettez la main dans la gueule sans en rien craindre ; au reste le déontologue n’a pas de dents, mais sa langue colle.

deontologueLe déontologue très-mou étant absolument de la même espèce que le déontologue mou, et tout semblable à celui dont nous avons donné la fameuse description vol. IX, planche XXIX. Nous n’avons rien à y ajouter, sinon que ce dernier a la queue en trompette et qu’il porte la tête encore plus baissée en direction du postérieur qu’on se plait à penser qu’il fait sa toilette.

Il existe dans les parties éloignées de la Sarkozie et de la Hollandie un déontologue plus mou encore que le déontologue très-mou d’Ile de France, et qui a aussi le corps plus malingre  et plus petit à proportion, mais le museau plus allongé et plus ressemblant à celui d’un hippopotame, en sorte qu’il ouvre la gueule beaucoup plus large.

Cet animal est si teigneux que s’il enlève aisément une éponge il peut l’emporter à une ou deux lieues sans la poser à terre quand bien même on le lui ordonne. Il a le poil dans le sens du poil, ce qui facilite le brossage,  mais ce poil est encore plus lisse que l’autre déontologue. Les bandes transversales et les hermines y sont plus noires ; la crinière,  où l’on accroche  nœuds  et rosettes,  ne rebrousse pas du côté de la tête, mais du côté de la queue et dans le sens du vent.

M. le chevalier Dunoyer de la Ribotte de Long-Sault  a observé le premier que ce déontologue très-très-mou, ainsi que les autres espèces, ont un singulier défaut ; c’est qu’au moment qu’on les force à se mettre en mouvement, elles sont boiteuses tantôt de la jambe droite,  tantôt de la jambe gauche ; cela dure pendant environ une très longue distance, environ un très long temps et d’une manière si marquée, qu’il semble que l’animal culbuter d’un côté ou de l’autre comme par l’ivresse, tourne en rond sans fin comme sous l’effet d’une mauvaise drogue. Effectivement.

Malgré les plaintes des uns et des autres, je donne ici la figure d’un déontologue mâle du  vol.IX, planche XXIX.

Fausto Bocchi

Virelai anonyme

J’étais mannequin demoiselle,
Lâchant mes vents dedans la soie,
Point ne me mouchant  dans les doigts.
Que j’étais belle, belle, belle !

Je connus que le chant  est tel,
Qu’il nous  impose d’avoir voix,
Or ça, je ne le  pouvais pas.
Que j’étais frêle, frêle, frêle!

Puis je sus que l’amour est bel
Qu’il ne connait aucune loi :
Je convolais avec le roi.
Dieu que je bêle, bêle, bêle !

virelai

d’après Judith Leyster, Jeune fille au luth (1631)

L’Annonciation

8f3044af2d28101d5f993bfe58a439d3 » Pchit… pchit… bleû… bleû … bleû…
– Quoi ! Je suis enceinte ! Encore…euh, déjà! Et on ne me disait rien! Pour une surprise c’est une surprise! Mais Gaby, t’es déguisé en quoi, là, avec tes ailes de Chior & Cardon international ? Mais c’est de la véritable plume d’eider vierge ! ben mon cochon, tu ne te mouches pas avec les doigts!
– Je suis en paparazzi. Je travaille en freelance pour  » Paris-Catch : l’info elle te prend, elle te lâche plus ! »
– Mais que fais-tu Gaby avec ton appareil !   Non, je ne suis pas prête ! Non, pas de séance photos !  Haaaa ! je suis ébouriffée ! pas maquillée ! méconnaissable! on me donnerait 20 ans ! Et ma petite robe de grossesse qui n’est pas encore en création chez mon haut-couturier ! Non, je ne suis pas présentable avec mon futur  gros ventre! je ressemble déjà à la Boutin ! De quoi aurai-je l’air en couverture de Paris-Catch, hein de quoi ? »