Nyctale est superstitieux

Un pastiche de La Bruyère par Charles Nodier

« Quoique le soleil touche à la fin de son cours, il n’est pas encore jour chez Nyctale; gardez-vous de le réveiller. Son sommeil a probablement été retardé par les croassements d’un oiseau de mauvais augure ou par les hurlements d’un chien perdu. Les songes qui lui sont survenus depuis sortaient tous de la porte d’ivoire, et il attend encore ceux du matin, qui ne manquent jamais d’apporter d’utiles enseignements pour la conduite de la vie. N’espérez pas l’entraîner d’ailleurs dans quelque divertissement, car c’est aujourd’hui vendredi, un jour fâcheux, un jour contraire et néfaste, nigro notanda lapillo. Mais voilà Nyctale qui vous suit tout pensif, quoiqu’il ait chaussé son premier escarpin du pied gauche, et qu’il vienne de buter, en sortant, contre le seuil de sa porte. Vous avez pour le maîtriser quelque pierre constellée ou quelque talisman sympathique, puisque vous le décidez à prendre part à votre banquet dans cette maison, qui est la seule du quartier où les hirondelles n’aient pas fait leur nid dans les travées des fenêtres et entre les solives du plafond. Tout à coup cependant son visage se rembrunit. Ne s’est-il pas assis par mégarde en face du méchant miroir de Bohême qu’un lourdaud de valet rompit l’autre jour ; ou bien aurait-il trouvé son couvert d’argenterie en croix à côté d’une salière renversée ? Je me trompe : il est occupé d’un soin vraiment sérieux, il compte les convives un à un; et maintenant que vous le voyez pâlir et trembler, il vient de s’assurer pour la troisième fois qu’ils étaient treize. A compter de ce moment il n’y a plus de repos pour Nyctale. Les mets les plus délicats se changent en poison sous sa main comme au festin des harpies, et il ne cherche qu’un prétexte pour sortir, quand la couronne de lumignons brûlants qui fait pencher les mèches négligées l’avertit heureusement qu’il doit recevoir aujourd’hui à son logis une visite ou un message. Il s’esquive subtilement, sans que personne ait pu deviner la cause de sa tristesse et de son impatience. Nyctale est homme de bien, de savoir et de bon conseil, dont les honnêtes gens font état, qui s’est montré propre aux affaires, et qui se porte avec prudence et fermeté dans l’occasion, mais Nyctale est superstitieux. »

*

Charles Nodier (1780-1844) : « M. de la Mettrie»,  Contes de la veillée, pp. 297-298. Paris, Charpentier.
Archive.org : https://archive.org/stream/contesdelaveil00nodi#page/296/mode/1up

 

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Pseudo oraison funèbre d’Ernest Renan

Pseudo oraison funèbre d’Ernest Renan, prétendument écrite par Edmond de Goncourt. Le texte, paru dans le Gil Blas en 1892, est illustré par Willette. L’auteur, Francis Chevassu, journaliste au Figaro, écrit sous le nom d’emprunt de Bazouge, référence au personnage du croque-mort de L’Assommoir d’Émile Zola.

« Le pseudo discours funèbre s’organise autour de deux petites anecdotes fictives, des récits de boutades dont Renan aurait fait les frais, racontées à la manière du Journal, ainsi indirectement pastiché. La charge satirique vise toutefois moins l’orateur, dont sont au passage dénoncées la perfidie et la vanité, que l’auteur de Les Origines du Christianisme, dont Francis Chevassu met en scène quelques caractéristiques psychologiques souvent évoquées par ses détracteurs : catholicisme à la fois mal renié et mal assumé de l’ancien séminariste, sournoiserie, sexualité inexistante, ambitions féroces. » Par Gaëlle Guyot-Rouge, Les Goncourt au miroir des pasticheurs, Acta fabula, vol.7, n°6, Novembre-Décembre 2006 : http://www.fabula.org/revue/document1696.php

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Enterrement de Renan
Discours de M. Edmond de Goncourt

Un soir, à la fin d’un de ces dîners chez Magny où nous nous réunissions entre personnages illustres, je dis à M. Renan, qui causait de Port-Royal avec Sainte-Beuve, dans un coin : — Pourquoi diable vous obstinez-vous à porter ces redingotes de séminariste : vous me rappelez M. de Sainte-Agathe. Plût au ciel que je ressemblasse à ce saint homme, répondit-il en avançant avec effort son corps mouvant enfoui dans un fauteuil Voltaire — ironie délicieuse qui ne nous échappa pas, à mon frère ni à moi — ; j’ai souhaité aussi d’abdiquer ma volonté au profit d’un maître suprême et d’être seulement ici-bas un humble instrument entre les mains du Seigneur ! Messieurs, je n’ai jamais goûté Molière, chez qui je ne rencontre pas le sens artiste : ce jour-là, je le compris. L’homme au petit collet se trouvait devant moi, en chair et en os, sous la lumière brutale des becs de gaz; je devinai tout de suite qu’il ne me pardonnerait jamais celte franche familiarité. Je ne me trompais pas. Plus tard, quand mon rôle d’historiographe des lettres me força de le mettre en scène, son acrimonie se réveilla soudainement. L’homme explique l’homme de lettres : sa phrase a des caresses suspectes, des attouchements singuliers de bedeau excité, mais impuissant, qui jamais ne viola une idée. Quand il apporta chez Magny son Saint Paul, développant avec complaisance les difficultés avec lesquelles il avait restitué les voyages de cet apôtre, le profit qu’il en attendait pour l’histoire de l’humanité, Théophile Gautier lui dit : — Mais allez donc à Montmartre, n. de D…, il y a plus d’humanité dans la tête d’une petite modiste vivante que dans la cervelle de vos calotins historiques ! Nous nous amusions toujours de la physionomie effarée qu’il opposait à ces rudes boutades. Mais Montmartre, les petites femmes, les modèles, rien de tout cela ne l’intéressait ; ses vœux extrêmes de concupiscence n’allaient pas au delà de ce rêve platonique, qui est le dévergondage mystique des vieux ecclésiastiques : un fauteuil à l’Académie et peut-être un siège au Sénat. Son petit collet, en effet, aimer à se frotter à la puissance, au succès.

renanIl se plaisait au commerce des pouvoirs établis et des gloires consacrées. Il nia Hugo jusqu’au jour où de le coudoyer lui parut profitable. De même il ne comprit jamais nos œuvres. Notre belle étude sur Manette Salomon , à laquelle Théo faisait allusion en l’opposant à son roman sur Saint Paul , échappa tout à fait à son intelligence.

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La Société des gens de lettres, qui n’a pas à apprécier les caractères, mais les talents officiels, ne pouvait s’empêcher d’envoyer un représentant… A ce moment, les murmures qui allaient croissant depuis le début de cette singulière oraison funèbre, éclatèrent en une vigoureuse protestation. Les assistants les plus voisins de M. Edmond de Goncourt s’écartèrent, tandis que M. Abraham Dreyfus, toujours chevaleresque, prononçait quelques mots d’excuse et donnait la parole à

M. Camille Doucet (…)

*

> Les grands enterrements, par Chevassu Francis (1861-1918) dit Bazouge – Paris : H. Simonis Empis. 1892.
Source : archive.org. : https://archive.org/stream/gri_33125014432963#page/n47/mode/2up

Aller aux bonjours

Relations exactes de ce qui s’est passé durant cinq années dans les coulisses du Théâtre de sa Suffisance.

Michelle de Marillac

Sa SuffisanceSa Suffisance se leva de grand matin, et fit dire qu’elle voulait « aller aux bonjours » dans quelque lieu où niche le peuple banal, et que tous ses ordinaires ministres, secrétaires d’État, présidents de Grosses commissions, eussent à être fin prêts pour l’accompagner, leur ayant fait bailler leur rendez-vous dans les jardins de Versailles où il fit tenir une théorie de berlines blindées et de blindés en forme de berlines.

Son départ fut cependant différé d’heure à heure, tantôt pour essayer de nouvelles talonnettes, tantôt pour une nouvelle mise en plis, tantôt pour joguer dans les allées, tantôt pour essayer des lunettes de soleil, tantôt pour fumer un Havane, tantôt pour essayer une montre, tantôt pour deviser science avec les frères Mogdanov, tantôt pour une leçon de morale qu’il voulait donner à  Téhaifun ou Haifèretrois; tantôt pour autre prétexte.

Cependant le premier ministre avait mis diverses personnes aux aguets pour avertir le petit personnel du palais de ne pas manquer de dire  bonjour à son insuffisance ; ou plus exactement de lui rendre son bonjour s’il lui venait l’envie de leur donner.

Sur les 11 heures, étant averti de la venue de bas Bretons du Guilvinec et de Penmarc’h portant la marée, il  donna l’ordre de fermer  les hautes grilles et de mettre les gardes en bataille  car il ne manquait pas de connaître le tempérament  de ces indigènes à la tête près du bonnet, ce qui ne leur fait point mâcher leurs mots.

Sur les 17 heures,  fendant la presse des nombreux porte-cotons qui attendaient le départ de  leur maître pour le flatter, il   avisa le porte-parole qui ronflotait dans une bergère, le secoua, disant : « Sa Suffisance n’est point encore  prête pour aller au bonjour? »  Le porte-parole rougissant répondit : « Elle s’entretient en particulier avec sa seconde première dame, mais je ne les entends plus chanter depuis fort longtemps. »

Le premier ministre qui en avait ras les couettes d’attendre répliqua :« Font  chier les baiseurs ! » Ce qu’entendant  la gardienne des Sceaux en tailleur Coco d’Armandi et chaussée de pantoufles de vair dit : «  Oh le malpoli , ça va être rapporté ! ». Le Premier ministre, ses humeurs bileuses échauffées, la traita de noms d’oiseaux ; ce à quoi elle répliqua en lui donnant un coup de pied dans la rotule droite; ce que voyant la ministre catholique de la ville assena à cette grenouille péteuse qu’elle avait en horreur deux gifles à assommer un bœuf.

La gardienne des Sceaux  tombée  sur le parquet en point de Hongrie ameuta ministres , secrétaires d’État et présidents de Grosses commissions qui accoururent et se jetèrent dans une mêlée  pour des raisons qu’ils ignoraient
encore mais avec délectation car ils ne pouvaient se sentir ni se voir en peinture.

Et ils  jetaient leur tête entre deux yeux, s’agrippaient les gosiers, se déchiraient les oreilles, s’écrasaient les pieds, se claquaient les joues  et ne manquaient  pas de s’écraser les parties molles comme s’ils étaient à la Bourse.

Sa Suffisance  dérangée  dans ses devoirs conjugaux sortit brusquement de sa chambre. Il est facile de juger quel effroi ce fut dans la mêlée ; on arrêta de se battre,  et c’est  dans un silence de Panthéon qu’elle  interrogea l’assemblé  : «  Quoi ce ? »   Un homme, le ministre de la Politesse, du Respect, de la Correction, de la Civilité  & des Révérences,  hors de lui, répondit fort mal à propos par ce demi alexandrin de charretier : « Ta gueule, pauvre con ! » Ce qui mit fin ce jour à sa  prometteuse carrière et à la chasse aux bonjours.

 

Nota bene : « Aller aux bonjours »  est une activité qui  par certains aspects ressemble à la chasse à courre : grand équipage, grand train et curée au final.

En bonne compagnie….

Au  mois d’avril 2010, pour cause de nuage cendreux et de grèves, je pris la diligence de P*pour revenir à B*, ville portuaire. Nous étions dix dans la voiture, tous voyageant incognito : un Serviteur d’État, un Sarkoberlusconien de la télévision, un Comédien comique,  deux Mannequins des deux sexes, un Avocat, une Patronne, un Je-ne-sais-quoi, Lui et Moi ; sans compter un Singe, six Chiens, un Afghan,trois Perroquets, deux Perruches, un Angolais…

 BEEH René, La diligence
BEEH René, La Diligence

Le Serviteur d’État était le plus grand consommateur de tabac d’Espagne et d’anisette qu’il y ait en Europe & le plus fin connaisseur en bons morceaux; la femme Mannequin,  était aussi libertine & aussi méchante que la C**, à qui elle ressemblait pour la figure, au point que je l’avais d’abord prise pour elle;  le Comédien comique qui voulant gagner la Corse s’était trompé de destination était un petit-homme, jouant  mal le Tragédien, d’une fatuité & d’une insolence de parvenu; l’Avocat, que je reconnus, malgré son travestissement, était un Homme célèbre à la Cour,   que je n’estime guère, haï, persécuteur, calomniateur même. La Patronne était une femme aux cheveux orange, fort-riche, très-grossière, mangeant bien, buvant comme dix, dormant encore mieux,  ronflant comme quatre, se prenant presqu’autant de tabac que le Serviteur d’État, avec lequel elle s’entretenait des choses d’ici-bas, de commerce & de profits. Le Je-ne-sais-quoi était un Homme ni vieux ni jeune, ni beau ni laid, ni gras ni maigre, ni grand ni petit, qui ne paraissait ni riche ni pauvre, ni spirituel ni sot, qui ne parlait ni trop, ni trop-peu, qui mangeait de tout, était de tout accord, & dont toutes les actions annonçaient qu’il n’aimait ni ne haïssait rien au monde & ne faisait pas de politique pour mieux voter à droite.
Reste Lui. Ce Lui est un Original trop singulier pour n’en pas dire un mot. Qu’on se représente un petit-Homme, qui se tient si gauchement, qu’il paraît contrefait ; dont l’air triste & colérique, la tête pourvue d’oreilles pointues est enfoncée entre deux  épaules,  la démarche sautillante & mécanique représentent assez au naturel un Acéphale de Truandery (*); qui seul, comme en société, s’entretient avec ses pensées , au point d’éclater de rire, de crier , de pleurer, sans que la Compagnie puisse se douter du sujet ; vulgaire & brutal à l’excès ; aimant le plaisir, & dédaignant par orgueil les Objets qui peuvent le procurer ; prêchant la tolérance & ne pouvant souffrir la plus légère contradiction, &c. &c. &c.  Voilà  le  portrait non-flatté, au-bas duquel quelqu’un pourrait mettre N-S, mais je déclare que Lui n’est pas lui…
En vue du château de V*, comme le temps se maintenait au beau, je décidai de fausser compagnie à ce beau monde et de continuer ma route à pieds en direction de la Basse Bretagne.
Au prochain virage, je sautai en marche.

( * ) Hommes  dont parle Cortal,  et qui ont la tête dans la poitrine.

Rétif de la Bretagne.
La Découverte Gauloise par un Homme-Volant, ou le Merdier français.

Le signe de Norro

le signe de norro

 » Tenez, dit le Rossignol turinois – que l’on connaissait sous le nom évocateur de Mille-et-dix ,  tenez, Ducon, voyez comment on a inventé un nouvelle décoration  pour la chanteuse, compositrice, écrivaine, talentueuse jeune fille pure que je demeure contre vents et marais.  Qu’en pensez vous? Que faîtes-vous face à cette lettre d’amour ? »
Mille-et-dix d’un geste rapide déchira sa petite robe rouge en pilou, arracha  le balconnet qui couvrait son sein palpitant, et, empourprée d’une concupiscence  purpurine, montra au jeune homme l’empreinte au marqueur magique rose fluo qui honorait cette gorge si tentante d’un N majuscule surmonté d’une couronne impériale.
 » Mais, s’écria le jeune Ducon, c’est le signe de Naboléon, le flingueur de la République, que je vois là!
– Point du tout s’exclama Athos, c’est la marque infamante de Nicolas le Hun, le triste valet du CAC40 !
– Le Barbare à talonnettes ? éructa Porthos.
– Billevesées, s’écria Aramis, qui contemplait le simple appareil de chrétienne. C’est le N de « Nec pluribus impar » la devise de Louis XIV, dont personne ne sait exactement ce qu’elle signifie…ou peut-être le « Ne sutor ultra crepidam » de je ne sais quel artisan latin : « que le cordonnier ne juge pas au delà de la chaussure. »Ou encore le N de…
C’en était trop pour d’Artagnan. Pâle, immobile, écrasé par cette nudité qui s’offrait à tous, il finit par tomber à genoux.
« N comme Nénette, Nénette, Nénette! s’écria-t-il, oh! Nénette ! »  Et Mille-et-dix  lut dans ses yeux:  « Viens Nénette, viens dans mes bras puissants que je te fasse visiter Montmartre !  »
« Nénette qui ? demanda la jeune femme en laissant tomber un de ces regards qui d’un chômeur à temps complet fait un demandeur d’emploi à durée indéterminée.
– Nénette Nénette, la serveuse du « Coq à cornes » de Concarneau! couina le soldat.
Mille-et-dix haussa les seins.  » Vous n’y êtes pas du tout mes amis! c’est le N de Norro, le défenseur des petits épargnants, des droits de l’homme, de l’Église apostolique romaine et de son pape,  et en plus de la paix dans le monde ! Et elle se mit à chanter :

 » Un cavaleur, qui surgit hors de la nuit
Court vers la venture au galop
Son nom, il le signe à la pointe de l ‘épée
D’un N qui veut dire Norro

Norro, Norro
Renard usé qui fait sale oua!
Norro, Norro
Vain coeur, tue les à chaque fois
Norro, Norro
Con bat sans peur les noeuds mis
Norro, Norro
Des faons  toujours son pays
Norro, Norro
Partout va porter les poires
Quand il paraît
Les bandits effrayés
Fuient tremblants le nom de Norro
Mais les zoos primés n’ont jamais redouté
Son signe, le signe de Norro

Tchic tchich tchic aïe aïe aïe !
Norro ! Norro ! Norro ! Norro ! … »

Athos se tourna vers Porthos:  » Je crois que cette femme est soule.
– Elle ne tient plus le Picon-bière, surtout depuis que Rachida a pondu, fit son ami.
– Ah Nénette, couina d’Artagnan.
Novissima verba, conclut religieusement Aramis. »

 

Alexandra Dubas : « Le Signe de Norro »

Discours de la Pentecôte

Or, en ce temps de Pentecôte, l’obscur devint éclair. Et ce fut comme un pot-pourri qui chut des cieux.

La lumière pétaradante de Son auguste Lanterne,  portant sa perruque à cinq lauriers,  inondait les ténèbres.
Et la mêlée rampait à Ses pieds, secouée comme par un choc électrique.
Enfin Il lâcha Son Esprit qui était comme un  pigeon voyageur  en flammes.
La Beste emplumée vint se poser sur le sous chef du Premier Homme de France, dit Prothèse droite,

Alors, en vérité je vous le dis,  Prothèse droite, s’éclaircit la voix et lut à ses disciples rassemblés son :

discours de la pentecôteComparses et complices,

La France n’est pas encore sortie des années de crises et de chômage ni du règne de Sa Baudruche – et dans baudruche, il y a ruche !

Elle est même en plein dedans, la France, avec Son Hautesse qui dispose d’un mandat qu’elle n’est pas prête de lâcher.

Avec la Réaction, le parti clérical et le patronat ont repris le destin des Français en main. Il était temps. En s’engageant clairement dans leur vote, en exprimant leur confiance en nous-mêmes, ils ont jeté les fondements d’une France fille aînée des Marchés qui affirme sa volonté de changement dans la continuité et de modernité d’arrière-garde qui veille sur le pactole.

De cette servilité nous sommes tous comptables.

En démocratie bourgeoise, le succès d’une poignée qui tient les rênes du pouvoir et s’y accroche signifie bien le déni des autres. Chaque Français doit respecter cette loi divine et mettre au rebut ses convictions non conformes aux nécessaires réformes.
C’est ainsi que nous nous sommes assis sur les votes anti traité européen, votes de refus majoritaires en apparence. Nous le ferons encore en rompant avec la pesanteur d’élections qui imposent de respecter le résultat des urnes.

Pour tout dire, je crois à la chienlit, facteur d’efficacité et complément naturelle du gouvernement. Quand à notre parti, il a le droit d’assumer sa victoire, avec arrogance et sans complexe. Sa loyauté envers sa Suffisance ne saurait étouffer sa morgue.

Comme chacun d’entre nous, j’aime passionnément la richesse, fruit juteux de l’exploitation capitaliste. Et j’ai moi-même longtemps privilégié cette approche séculaire d’Ancien régime – d’ailleurs je vis dans un château – avant de constater qu’elle avait atteint ses limites.

Nous pouvons faire encore mieux, en repensant de fond en comble les fondamentaux de nos pillages. Nous ne réussirons faute d’avoir osé rompre avec ce cercle vicieux qui consiste à ne pas vouloir s’attaquer à la veuve et à l’orphelin – c’est une image – qui bénéficient outrageusement de la redistribution imposée par l’alliance socialo-communiste d’après guerre, ainsi que d’exorbitants privilèges acquis.

Nos atermoiements de rosières ont pu laissé croire au vulgum pecus à la faiblesse de notre virilité, et a provoqué un divorce entre le pouvoir et la populace qui n’entend que la musique du bâton. Il a été sanctionné par une instabilité préjudiciable aux profits maximum et au vol organisé.

Par chance la kyrielle des sacro-saintes journées d’action bénites de grâce a su crever les abcès et éviter que tout nous pète à la gueule : la canaille, la racaille est rentrée dans le rang.

Que nos partenaires soient ici chaleureusement remerciés d’avoir fait l’impasse sur leurs postures idéologiques et leurs réflexes claniques en enjambant les clivages. Grâce à ce consensus, dont le parlement croupion nous donne des exemples tous les jours, nous pourrons enfanter un nouveau contrat politique et social digne d’un Maréchal.
Plutôt que d’être dans la défensive toujours douloureuse et la vaine contestation, choisissons l’anticipation et la participation où entrepreneurs et salariés joignent nos intérêts très bien compris. Si, d’aventure, tel n’est pas le cas, le Gouvernement prendra ses responsabilités sans faillir et la tourbe mise au pas  mangerait la terre !

Nous n’avons su trouver ni le courage ni la pédagogie pour expliquer à la vulgaire piétaille qu’une bavure historique était à l’œuvre. Je veux parler de la destruction complète du patrimoine de la république : patrimoine de ses services publics, de sa fonction publique, de son école publique, de sa santé publique, de ses infrastructures publiques… la liste est longue, j’en oublie. Patrimoine sublime, certes, mais qui ne rapporte pas assez aux libéraux capitalistes dont les poches crient famine..

Cette nouvelle donne historique est sans doute angoissante pour les plus frileux de la plèbe qui restent attachés aux ressorts usés du modèle français ; mais comme elle passionnante pour les appétits aux grandes dents, doués, terriblement motivés ! Eux qui portent sur notre pays un regard lucide grâce à un nouvel état d’esprit insufflé par sa Gracieuse qui est notre tremplin éclairé.

Nul ne doit s’y tromper : la nécessité est dans des choix courageux et l’obligation d’agir vite par crainte que le blessé ne se réveille. A défaut de pédagogie, nous aurons le courage de trancher…

Pendant des décennies, la France, s’est endormie sous l’État providence et la Gueuse s’est engraissée comme une grasse truie. Aujourd’hui par ces temps béni(t)s de crise, les Égorgeurs sont de retour : tout est à vendre, tout est à prendre, profitons-en ! Pour nous, nos familles, nos ascendants, nos descendants et collatéraux… Ayons de l’ ambition et le courage de notre appartenance à cette bande internationale d’écorcheurs d’abattoir. Les circonstances sont historiques, nous avons en main la possibilité de reconfigurer les règles du jeu à notre mesure.
Sur les décombres de la cohésion sociale, sus aux andouilles !

La France est grande lorsqu’elle est grande pour ses nantis.

La France est grande lorsqu’elle se débarrasse de l’immense cohorte des inutiles qui se complait dans l’échec et remplit les pôles emplois quatre étoiles.

La France est grande lorsqu’elle tourne le dos au conservatisme social.

La France est grande lorsqu’elle se débarrasse d’une jeunesse qui lamine son  corps par sa fainéantise de pou et alimente l’extrémisme de gauche.

La France est grande lorsqu’elle de défend bec et ongles sa bourgeoisie.

La France est grande lorsqu’elle avance sans a priori, sans tabou, sans pitié.

C’est ça la France, celle qui n’est pas rance…  Elle a une identité.
Celle de l’épée, du sabre, du goupillon et de la tire-lire.
Une identité dont les racines plongent vers Poitiers où Charles Martel fit son devoir.
Une identité fleurdelisé sur fond bleu marial, blanc royal et  rouge crête-de-coq.

Il y a dans le pays un vent puissant de piraterie organisée qui accélèrera l’Histoire. Sa Soufflette en est le forgeron, j’en suis l’exécuteur.

Le Premier Homme de France*

Nota bene : le Premier Homme de France n’est pas le mâle de la Première Dame de France, pas plus que le crapaud n’est l’époux de la grenouille, ni le homard l’amant caché de la langouste.

Voir aussi ici, si, si.

Galanterie

«  J’exècre la galanterie. On peut bien vivre sans cela, parbleu ! Cette perpétuelle confusion de la culotte et du cœur me fait vomir. »

Vous illustrerez cette remarque de Flaubert par un court récit que vous accompagnerez  d’une jolie image.

mainsIl l’accablait de voluptueuses caresses, s’attardant sur le galbe de ses deux globes à la blancheur éblouissante. Elle le sentait s’enivrer de plaisir.

 » Il désire me  posséder sauvagement dans l’alcôve qui recèle une molle couche répondant à la magnificence féérique du palais de l’E*  » se fit-elle la réflexion comme  elle venait de percer son secret.
« Hou !  » glapit-elle en témoignage impromptu qu’elle lui donnait de sa flamme, tant elle était en proie à l’imprévu désir de l’amour qui lui enflammait les sens et la laisserait bientôt pantelante dans le plus simple appareil, si elle n’y prenait garde.

« Ah ! ah ! mon ami…je brûle…je n’en puis plus ! Que sont ces façons ; méchant petit chanoine ? Juste ciel ! à c’t’heure cela ne se fera point…Voyons un peu…ah ! doux Joseph,! cela est inouï ! Ah ciel ! se fit-elle la remarque in-petto. Mais que va-t-il penser de moi ? se morigéna-t-elle soudain sans aménité, Que je suis une raccrocheuse du quart ? Une gourgandine sans foi ? une  gaupe ? une turfeuse ? une goton? une  nénesse ? une cocotte athée ? une michetonneuse ?  une ribaude? une hétaïre? une marmite sans Dieu? bref une bagasse de bas étage ? une sans-Dieu qui n’ a pas communié ?  »

Revenue à de meilleurs sentiments par cette correction personnelle, et nantie d’une certitude fraîche émoulue,  elle se leva avec fougue et s’empara avec dextérité  d’un CD qui trainait sur le tapis persan qu’elle engouffra d’une main experte dans un  mange-disque  qui trônait dans les parages. » Quoi-ce !  » hoqueta N* sous cette rebuffade, saoul qu’il était encore du désir qu’il souhaitait ardemment rassasier et en  jetant des regards concupiscents à destination de  C*.

Mais la chanteuse ne l’entendait pas de cette oreille :

 » Que regardez-vous donc là ? Baissez les yeux ! rétorqua-t-elle en rougissant car elle prenait tout à coup conscience d’être dans le plus simple appareil dont il a été précédemment fait mention.
— Point du tout !  se défendit N* qui, de son côté,  en tenue d’Adam, cachait d’une main moite ses attributs intimes dont une virilité turgescente — tout en se rendant bien compte que personne n’était dupe de son manège.  Mais écoutons plutôt votre disque! , fit-il d’une galanterie toute française, tandis qu’il lui proposait  un cocktail pour détendre l’atmosphère électrique – tout en allumant un feu dans la cheminée :  » Coral reef, Monaco, Vodka malabar, Picon bière, Marquisette, Perfect Mojito ,Vodka tagada,  Mojito Créole,  Russe Blanc ?

— Un Fernet Branca,  acquiesça-t-elle, très femme du monde « .

Convolage

Je m’en vais vous mander la chose la plus anodine, la plus commune, la plus conventionnelle, la plus convenue, la plus courante, la plus insignifiante, la plus insipide, la plus médiocre, la plus ordinaire, la plus plate, la plus rebattue, la plus petite, la plus triviale, la plus commune, la plus tarte jusqu’aujourd’hui, la plus petite, la plus inintéressante: enfin une chose dont on trouve des milliards d’exemples dans les siècles passés ; une chose que l’on connaît à Pékin, (comment ne la connaîtrait-on pas à Paris ?) ; une chose qui fait s’écrouler de rire la moitié de la France; une chose qui comble de joie cette même moitié ; une chose enfin qui s’est faite, et ceux qui l’on apprise s’en fiche comme l’an quarante; ou une chose qui se fera si elle n’est déjà faite, et qui aurait pu se déjà  faire.Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : je vous le donne en un, je vous la donne en deux, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien il faut donc vous la dire : le président a épousé, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Vous dites :  » Voilà qui n’est pas bien difficile à deviner ; c’est Carla Bruni. – Tout à fait ! La Bêlante-Aphonique ! -. Absolument, vous êtes bien au fait de l’actualité ! – Vraiment nous sommes au courant, dites-vous, c’est la Top-Modèle à son Pépére. – C’est ça ! – la Gnangnan Photogénique. – En plein dans le mille ! Oui, et puisqu’il faut en finir et éclairer ceux qui seraient morts ces derniers jours , le président a donc épousé pour le protocole (et le reste), la seconde Première Dame de France de son règne, ma foi par ma foi ma foi jurée la Princesse Sissilia Bis de son mortel Quinquennat, le Repos-du-Guerrier de sa Libido, la Madelon de ses déplacements commerciaux, la Nana de ses vacances onéreuses, le seul parti de France qui fût digne de sa présidence.Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dîtes que l’on s’en tape, que cela pue sa fin de règne, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison; nous en avons fait autant que vous.

à la suite, le modèle : une des lettres les plus connues de M.de Sévigné, celle adressée à M. de Coulange à propos du mariage de Mademoiselle et de Lauzun.

 

La chômeuse

Le voyage en Sarkoland

« Voilà, dit-elle, si tu travailles bien, ma chômeuse, si tu es méritante,si tu es une bonne fille dure à la tâche, le monsieur t’embauchera peut-être à quart-temps pour une durée de 3 mois.
— Oh ! madame de l’Ahainepéheu ! m’écriai-je, n’allez pas si vite en besogne…Quelle idée vous avez là !

Je n’avais pas songé à cette solution…Oui, sans doute il est difficile de se débarrasser au bout de 8 heures d’une employée, surtout pour quelqu’un qui comme moi fonctionne à l’affectif, mais l’embaucher pour 3 mois et à quart- temps, ce serait beaucoup trop social, trop démocrate.

« Madame de l’Ahainepéheu , vous n’y songez pas ! cette femme à vingt ans passés, ce qui dans le domaine du secrétariat appliqué aux entreprises de design et de packaging est un âge fort avancé ; elle n’a plus que quelques semaines avant d’être atteinte d’obsolescence ; après quoi j’aurais une incompétente sur les bras, certainement aigrie. Me voyez-vous à la prochaine foire internationale de Pékin avec une secrétaire périmée et obèse ? Cela serait fort ridicule et pour elle et pour moi et pour la France. Parle-t-elle seulement le mandarin ?

Madame de l’Ahainepéheu me prit à part :

« Non, elle ne parle pas le mandarin , mais pourquoi ne pas l’épouser ? Vous auriez à domicile une secrétaire, une chargée en gastronomie familiale, une technicienne de surface…
— Oh ! madame de l’Ahainepéheu ! couinai-je à voix basse, n’allez pas si vite en besogne …Quelle idée vous avez là ! Prendre une épouse, pour des mois et des mois, peut-être des années, lui faire des enfants ce serait trop chrétien. Madame de l’Ahainepéheu , vous n’y songez pas ! cette femme à des charmes certains, mais elle est je crois native du Neuf-Trois, ce ne sont pas les DOM, mais enfin…l’accent est là etla culture n’est pas la même ; je m’ennuierai vite en sa compagnie. De plus, le dirais-je ? j’ai peur que le fruit des copulations entre deux races si différentes ne soient stériles comme l’est le bébé de l’ânesse et du pur-sang.

Madame de l’Ahainepéheu hochait la tête. Elle me dit en secret : « Je ne sais pas quoi faire de mes chômeuses, voilà l’ennui. Je ne vois plus pour la vôtre, après son contrat, que du bénévolat dans une association caritative. »
— Ça l’occupera et elle se fera des amis, ce qui est le plus important dans la vie, avec une bonne santé bien sûr.
— Je tentais de vous forcer un peu la main, mais je vous comprends, allez  ! nous ne sommes pas des socialistes de gauche.

Je quittai l’agence au logo en forme de sandouiche dégarni ou de presse noix. Ma chômeuse me suivait tête basse ; rendez service !

Ah ! si je n’avais pas si peur de prendre l’avion, il y a beau temps que j’aurais délocalisé ma petite entreprise dans l’Empire du milieu : on y trouve des perles polyvalentes qui  parlent français sur le bout des ongles.

 Le voyage en Sarkoland
Nerval