Li meschant Sans-papier

Conte  droslatique

Li meschant Sans-papier

mort et âme
Deux vilains & noirs desmons fuient du nesgre pendu blesme.
Or le roy que chatouilloyt fort son dezir,  fut prins par  une phantaisie chaulde, à scavoir livrer bataille au pucelaige de la Glaude, femelle de ménaige négresse,  laquelle gaignoyt  misère en faisant les poussiaires au  trosne.
Les reins et couillardes du verrat qui  rioyt, prioyt  frétilloyt et estoye en grande ferveur pour lucter avecques la vierge, lui matagrabolisoient la cervelle et la grignotoient de partout, tant et tant que le  vit  fut soubdain dilatez  chatouillez, envenimez, graphignez, herrisez et fringuans, comme si mille pannerées d’aiguilles se treuvoyent en lui.
Son maistre bouillant fit ce que il avoyt à faire, à sçavoir que il embobelina, menaça,  désempacqueta la Glaude que il saulta à la hussarde grâce à l’aide d’un tabouret,  car Dieu qui a faict les pucelles pour être  prins comme les perdix, à sçavoir  estre embrocheez et rosties, tend Sa main aux hommes dans la nécessité de s’élever.
Le lendemain, à ceste horrificque nouvelle, le  fiancé marry de la Glaude, qui s’appeloit le Glaude, et estoit un nègre sans papier timbré, décida de se venger. Il s’alla quérir une ymage de l’ espouse du roy que il déchira en mille morceaux et jeta dans le trou puant de latrines; ce que étant grandissime outrage, le nègre fut poursuivict jugé et branchiez à une potence, telle l’andouille de Guéméné sur la rivière le Scorff qui est en Bretaigne, car dame Justice aime la charcuterie et veille sur nos rois.
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A bon chat, bon rat !

Alors que la guerre de Cent ans bat son plein, dans le toril de Brunehildegarde  il y a eu du rififi.

Brunehildegarde apinchait ses planches potagères et soupières.- Ah, misère de caquesangue ! cria-t-elle. Ah, caquesangue de misère ! cria-t-elle. Ah ! Puis, cessant de piouter, se tut.
Charmant, le miron moigneux qui, coufle comme chanoine, se dorait darnier et pelotons aux caresses de Phébus, se leva aux cris et s’en vînt aux petons de sa maîtresse fort triboulée.

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La rillée.

Le bestiaire culinaire.

Aubin d’Angers, dit Maurice la Charcute. 1273.


Je vais vous dire la vérité au sujet de la rillée, sans mentir d’un mot, conformément au Livre de Coquina, qui ne commet pas d’erreurs, et qui ne manque jamais de montrer quantité d’exemples véridiques et célèbres, authentiques, sincères et délectables.

Ce livre ne traite pas de mets futiles et vulgaires, il contient des recettes agréables au Père miséricordieux qui ressuscita au troisième jour son fils Notre Seigneur Jésus Christ au sujet duquel Jacob a dit : « Il a dormi comme le lion et comme le petit du lion. »

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Jeunesse !

Alors qu’en ce 2 août 1346 les Flamands, sous le commandement de Henri de Flandres, commencent les hostilités contre les Français, Brunehildegarde va attaquer sa buée.


La mesnie étant au pourpris pour une courte sieste sous la ramée, Brunehildegarde ouvrit son faudesteuil et s’assit pour souffler un peu.
Sur le sol de terre battue, fraichement jonché, s’entassaient braies, broignes, chainses, pourpoints, surcots, robes et cotes, chausses, escoffles et un méchant mantel de bourras fort élimé.
– Sacrée bué ! fit la maîtresse de céans.
– Et n’allez pas nous mélanger la brunette et le bureau comme bidaus et guicliers sur champ de bastaille, grinça le vieux Tourchetil d’Ertemberg cloué depuis deux jours sur son grabat suite à une mauvaise chute de roussin.
Brunehildegarde haussa les épaules.
– Ne gabez donc pas! Je vous trouve fort guépin ce jour à vouloir me férir de vos dondaines et à chercher attine et brouillis depuis prime comme marmouset puces en tonsure !
– C’était une jungle, fit le vieux rabroué.
– Gaudissez, gaudissez ! Gaudira bien qui gaudira le dernier !
Irée par le ribaudaille qui l’encagaguait depuis le chant du coq, Brunehildegarde vida cul sec un hanap de chuchenn allongé de marc puis, d’un bond, se leva pour s’atteler à l’ouvrage.

Qu’elle ne fut pas sa surprise en encommençant le tri de trouver sous le tas un jupon de mailles fort souillé. Par chance elle avait oublié de laisser trempouiller le tas depuis laudes comme à l’accoutumée.
 » Parce que pour ravoir la rouille de fer sur le linge, par le saint sang brégoy, c’est pas de la tourte ! » s’exclama la ménagère in petto. Et, sur ces paroles pleines de bon sens, qui témoignait d’une longure pratique lavandeuse, elle vida une cruchée de cervoise coupée de vin clairet.
« Mais au fait, se fit-elle la reflexion à haute voix, à qui peut bien appartenir ce jupon si ce n’est au jeune Torftoul de Roissey-le-Châtel en convalescence chez notre seigneur, son oncle ? »
Elle se souvînt alors que la veille au soir, sur le coup de complies, Tortfoul était passé rendre visite à Bruneguillemette, sa onzième fille, mais lorsqu’elle s’en était aller coucher à matines passées d’un Pater, elle n’avait point remembrance avoir vu le tourtereau et la tourterelle redescendre du grenier.
Dans son fiantoir Torchetil d’Entember qui grignotait une pomme de court pendu, couina comme une ratepenade qui gobe la mouche:
– Cor Bieu, il sait tenir le brelant le Toftoul !