François Villon, par Laurent Tailhade

Ballade 14 juillet

Clairons, trompettes et hautbois,
« Chant du départ » et « Marseillaise »
Beuglent sur le pavé de bois.
Les rousses-cagnes, dans leur fraise,
S’en vont au pourchas de la braise
Près du quai Michel, ce Lido ;
Voici le lendemain du treize :
Ça se fête degueulando.

Joseph Prudhomme et Pipenbois,
Les gentlemen de la Corrèze,
Ceux du Perche et ceux de l’Artois
Éructent mainte catachrèse
(Au veau l’on reconnaît la fraise !)
Le roussin avec le bedeau
Se convomissent à leur aise :
Ça se fête degueulando.

Mais, où donc est la fleur des pois ?
Montesquiou, Péladan, Barrès-e,
Les Bourget et les Dieulafoy
Sollicitant la diurèse ?
Les ceuss qui viennent de Manrèse,
Bloy vociférant son credo
Et frère Yves en Navarraise ?
Ça se fête degueulando.

envoi

Prince, qu’éleva dans Sorrèze
Un moine à tripes de vedeau,
Plus n’est besoin de rime en « rèse » :
Notre joie est combien frrrançaise !
Ça se fête degueulando.

Laurent Tailhade,
À Travers les Grouins
P.-V. Stock, éditeur, 1899 (pp. 109-118).
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