Le marivaudage, tout un art…

Ah ! par pitié, Madame, daignez calmer le trouble de mon âme, daignez m’apprendre ce que je dois espérer ou craindre… Par où, dites-moi, ai-je mérité cette rigueur désolante ? Commencez donc à me rendre plus de justice, en ne feignant plus d’ignorer ce que je désire de vous. Permettez, Madame, que mon âme se dévoile entièrement à vos yeux ! Eh ! quoi, vous refusez toujours de me répondre ! rien ne peut vous fléchir ; et chaque seconde emporte avec lui l’espoir qu’il avait amené ! Ne m’abandonnez pas dans le délire où vous m’avez plongé ! Est-ce mon amour qui vous outrage ? Ah ! vous ne savez pas, vous ne saurez jamais, Madame, ce que vous me faîtes souffrir ! Placé entre l’excès du bonheur et celui de l’infortune, l’incertitude est un tourment cruel ! Quoi ! votre ami souffre et nous ne faites rien pour le secourir ? Par quelle fatalité, Madame, le plus viril de mes sentiments peut-il vous inspirer l’effroi ? Votre imagination se crée des monstres ! Quoi ! je vous demande un mot, un seul mot, pour dissiper mes craintes ! Mon Dieu, dîtes-moi oui et tout sera réglé ; ou devrais-je me punir par une constance à coup sûr inutile et dans laquelle on ne verra tantôt que du ridicule ? Abuserez-vous de cet empire que vous avez sur moi ? Savez-vous jusqu’où peut aller mon désespoir ? Par où ai-je donc mérité, Madame, les reproches que vous me lancez, et la colère que vous me témoignez ? Croyez-vous que je ne sois point blessé par votre courroux ? Eh ! que craignez-vous donc, que pouvez-vous craindre d’un acte si naturel et qui restera un secret entre nous — signe de la confiance que vous-même avez semblé me permettre, et à laquelle je me suis livré sans réserve…   Je ne réclame, Madame, que le bonheur que vous voulez me ravir, me le refuserez-vous ?… Quoi, moi ! consentir à n’être point heureux ? Ah ! c’est méconnaître mon courage et ma constance. De quel droit disposez-vous d’une juste envie tendre et pressante ? Je renouvelle ma 1725392036demande : dîtes-moi oui ! Non ? Soit ! persistez dans votre cruel refus, mais laissez-moi mon amour ardent ; vous pouvez le désespérer mais non point l’anéantir ; il est indépendant de vous ! S’il est source de vos maux, il est aussi source de mes remèdes… Vous me demandez ce que je fais avec mes cajolis ? Devrais-je, comme le commun des hommes, me laisser maîtrisez par les évènements ? Pourrais-je souffrir qu’une femme fût perdue pour moi, sans l’être par moi ? Eh ! depuis quand vous effrayez-vous si facilement ? D’où peut venir, Madame, le soin que vous mettez à me fuir ? Comment se peut-il que l’empressement le plus galant de ma part n’obtienne de vous que des procédés qu’on se permettrait à peine envers l’homme dont on n’aurait le plus à se plaindre ! Ah ! Madame, cessez de vous débattre et souffrez enfin que je vous honore !

Avec la participation posthume et dépareillée de Choderlos de laclos

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Convolage

Je m’en vais vous mander la chose la plus anodine, la plus commune, la plus conventionnelle, la plus convenue, la plus courante, la plus insignifiante, la plus insipide, la plus médiocre, la plus ordinaire, la plus plate, la plus rebattue, la plus petite, la plus triviale, la plus commune, la plus tarte jusqu’aujourd’hui, la plus petite, la plus inintéressante: enfin une chose dont on trouve des milliards d’exemples dans les siècles passés ; une chose que l’on connaît à Pékin, (comment ne la connaîtrait-on pas à Paris ?) ; une chose qui fait s’écrouler de rire la moitié de la France; une chose qui comble de joie cette même moitié ; une chose enfin qui s’est faite, et ceux qui l’on apprise s’en fiche comme l’an quarante; ou une chose qui se fera si elle n’est déjà faite, et qui aurait pu se déjà  faire.Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : je vous le donne en un, je vous la donne en deux, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien il faut donc vous la dire : le président a épousé, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Vous dites :  » Voilà qui n’est pas bien difficile à deviner ; c’est Carla Bruni. – Tout à fait ! La Bêlante-Aphonique ! -. Absolument, vous êtes bien au fait de l’actualité ! – Vraiment nous sommes au courant, dites-vous, c’est la Top-Modèle à son Pépére. – C’est ça ! – la Gnangnan Photogénique. – En plein dans le mille ! Oui, et puisqu’il faut en finir et éclairer ceux qui seraient morts ces derniers jours , le président a donc épousé pour le protocole (et le reste), la seconde Première Dame de France de son règne, ma foi par ma foi ma foi jurée la Princesse Sissilia Bis de son mortel Quinquennat, le Repos-du-Guerrier de sa Libido, la Madelon de ses déplacements commerciaux, la Nana de ses vacances onéreuses, le seul parti de France qui fût digne de sa présidence.Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dîtes que l’on s’en tape, que cela pue sa fin de règne, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison; nous en avons fait autant que vous.

à la suite, le modèle : une des lettres les plus connues de M.de Sévigné, celle adressée à M. de Coulange à propos du mariage de Mademoiselle et de Lauzun.