Voyage en Gigantie

 Merdailles, ville d’art.

Quand le président crache, tous les courtisans se mettent à cracher ;  s’il éternue, ils éternuent ; s’il tousse, ils toussent en exagérant toujours le bruit que fait Sa Hautesse.

Je ne sais quel marchand de tapis — je crois bien que c’est Tronchard, des Grands Magasins Réunis — se trouve un jour à Merdailles où le Président qui, sans doute pour avoir mangé trop mangé de fraises en provenance d’Ibérie, s’esquive souvent vers un endroit où tous les grands de ce monde et les papes ne vont qu’à pied.
A chaque visite au pas de course du Président au lieu de ses aisances, les courtisans se lèvent comme mus par un même ressort et s’éloignent vers les jardins à grands pas en simulant des caquesangues imaginaires et en se tordant comme des vers. Il est à noter que plus d’un, emporté par ses convictions, finira sa journée à l’abri d’un bosquet.

Une autre fois, le marchand de gants & chaussettes Martin Smith, de chez Smith & Smith, traversant les jardins du château de Merdailles remarque avec stupéfaction que tous les promeneurs chancellent, rient bêtement, se roulent dans les allées, s’affalent sur les pelouses, écrasent les parterres de bégonias artistiquement dessinés par le jardinier en chef.
Tant d’élus du peuple ivres, quel tableau saisissant ! Peu au fait des coutumes du pays, le jeune Anglais s’informe et apprend, non sans surprise, que pas une des ces viandes creuses en apparence saoules, et qui participent à un Congrès, n’a bu une goutte d’alcool.
Mais leur maître a vidé force bouteilles de vodka en prévision d’un nouveau voyage en Ursie, et ses serviteurs, s’inclinant devant son panache souverain, simulent une respectueuse ivresse en se donnant pour plus  » royalistes que le roi ». La plupart de ces faux ivrognes étaient, les malheureux, à jeun — ou peu s’en faut.

Une autre fois encore, apprenant que le Président a eu  » des vapeurs  » au sortir d’une séance endiablée de « petits chevaux », on voit dans les heures qui suivent ses ministres et des parlementaires de son clan allongés à terre, râlant épouvantablement où lâchant des « pschit » à la manière des vieilles locomotives, suivant en cela l’idée qu’ils se font d’un « tomber présidentiel dans les pommes » et d’une machine à vapeur.

Pour ses vacances, le président a choisi un programme estival : vélo-pizza.

Voyage en Gigantie
J-C Fulbert du Monteil

Publicités