Xalatzatzecotl

Ange adoré,

Dans votre dernier courrier, vous me demandiez quelque drôlerie sur la langue des indigènes que j’étudie à ces latitudes extrêmes. Je vais, par la présente, combler votre curiosité.Ces gens ont un riche vocabulaire pour désigner le xalatzatzecotl dans tous ses états. Ainsi, apprenez que coatzatzecotlmexatzecotl est le perché endormi sur une branche de l’arbre ; quatapotzetocl,  le tombé de la branche sur laquelle il s’était endormi ; quictl, le tombé prêt à plumer ; etc.

« Bon sang ! Il passe le plus clair de son temps dans un arbre l’animal ! » Vous exclamerez-vous. Je vous dirai que c’est exact, mais durant la nuit seulement. Vous imaginez bien que la bête mange, fiente, se bat, se reproduit, pond, couve etc. en cent quatre termes que j’ai relevés. Comme ce serait trop long à lire, voici de suite ma drôlerie…

Lorsque les hommes chassent le xalatzatzecotl dans les forêts et les savanes où il vit, ils le nomment xulutluxluxuclu (qui est une imitation phonétique de son chant détestable) comme vous dîtes « Cocotte » ou « Zézette » pour appeler votre poule naine ou la bonne.

Cette construction onomatopéique a ceci de particulier – en sus – qu’elle signifie dans leur langue : « Roi (xulu) arrière (tluxlu) voir (luxuclu) » N’est-ce pas fort salé ? Toutefois, rassurez-vous, pour l’édition de mon récit de voyage, je ne traduirai pas xulutluxlu par : « roi-montrez-nous-votre-fondement » mais par « gueulougueulou » qui est beaucoup moins vulgaire me semble-t-il. De plus, la volaille ressemble tellement à notre dindon – tant par son physique que par ses mœurs – qu’on jurerait entendre sa sœur jumelle.
Adieu  cacaotl adoré, je dépose mille xuxutli sur votre popopetl. Sous peu vous recevrez la fable du Xotl et du Bex qui vaut son pesant de cacahuetls.
Votre  Xlixli
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Les Nécropithèques

Sous les Quinquennats, au bord de la longue route semée d’embûches, au détour d’une sente donnant sur un cul-de-sac, gît le gueux éventré par la faux du libéralisme. Au pied du gratte-ciel du BTP audiovisuel, l’agence d’intérim sans pitié a lapidé le bamboula qui rêvait de revêtir son costume de CDI ; le banquier a cru méritoire d’écraser sous son talon le jeune couple d’endettés ; une rafle a fait choir par la fenêtre aux vitres cassées une sans papiers ; un fonds de pension a chassé de leur maison, et envoyé on ne sait où, des familles à recycler.

Que vont devenir ces lamentables déchets, du moins ceux qui sont encore en vie ? Le regard, l’ouïe, l’odorat et les cordes vocales du Rossignol turinois n’en seront pas longtemps offensés. Son récital de charité en nocturne aura bien lieu.

Les préposés à l’hygiène de notre belle République sont légion et sans honneur. On  connaît ces bêtes depuis l’Age des cavernes. Elles n’ont pas changé.

Jeanne-Henriette Fabre – Histoire surnaturelle

Les Nécropithèques

Accompagné de son escorte de vers gras et de sangsues avides, le Foutriquet, de la famille des nécropithèques,  la gueule encore pleine des tripes de sa précédente victime,  jamais rassasié, s’en vient ripailler à nouveau.
 Ardent flibustier, propre à toute besogne, le Polemploi accourt le premier et commence la dissection par abattis numérotés du survivant mal en point. Bientôt le fumet de la venaison attire par escouades, le Consultingue-management, le Faire-le-point poudré à neige sous le ventre, le Rebondir-en-avant-toute aplati, le Remise-à-niveau trotte-menu, le Je-rédige-mon-cv fluet, qui tous, d’un zèle jamais lassé, grassement rétribués, gonflés de suffisance, hargneux d’incompétence, fouillent, décortiquent les rescapés du chemin et tarissent leur révolte à coup de bilans de compétence, de mobilisations sur projet.

Quel spectacle sous les gueux ! L’horreur est une chose édifiante pour qui sait voir et méditer. Surmontons notre répulsion; relevons du pied une de ces variables d’ajustement qui vient de vider deux ou trois litres de mauvais rouge, une boîte d’anxiolytiques, une d’antidépresseurs et une autre de somnifères avant de songer à se pendre. Quel grouillement là-dessous, que d’ antiques sauvageries, quel tumulte d’affairés, quelle révolution !

Mais le Foutriquet qui avait mené la première attaque mortelle, tripes en gueules, laid  comme une chiasse de cholérique et peureux comme un pape, a déjà  disparu par quelque trou nauséabond dans un bruit de casseroles et un nuage de poudre dorée; les Secrétaires des tas, boudinés dans leur pet-en-l’air de haute-couture, fesses emballées dans un string de soie, détallent en bousculant sur leur passage les Ministres aux poches pleines, embarrassés par leur butin disproportionné avec leur moteur ; les Sénateurs, rouges trognes et larges bedaines en avant, fuient péniblement, se blottissent dans les craquelures de la Constitution – en l’honneur de leur haute fonction, ils fleurent la naphtaline et portent comme un rouge pompon, la rosette; les Députés, l’écharpe tricolore élégante en travers des élytres, le cul poli où miroitent les lustres et les ors de la République, trottinent à la hâte, désertent leur banc et le perchoir en caquetant de vagues hymnes ainsi qu’il convient à des employés des pompes funèbres ; les Think-tank, aux mandibules en forme de scalpel, et dont l’un porte pèlerine beige rayée de gris sale et mouchetée d’hermines noires, tentent de se carapater, mais, repus, la sous-ventrière prête à péter, culbutent et montrent le rose tripier de leur ventre mou, contraste violent avec la mine verdâtre.

Que faisaient-ils là, tous ces enfiévrés de  besogne ? Ils se gorgeaient de la pièce exploitée, puis, heureux au logis, ils copulaient et leurs machines détraquées finissaient en d’aberrantes pontes et éclosions de larves qui remettaient le couvert au dessert..

Comme il sied aux gens bien élevés, remettons en place le gueux et passons

Le déontologue

Deontologus

Comte de Bouffon – Histoires surnaturelles

Nous ne donnons pas ici  la figure d’un déontologue mâle  qui était vivant au dernier salon de l’agriculture, parce que celle qui figure au volume IX – planche XXIX, a fait peur à maintes personnes par le talent qu’eut le dessinateur à le mettre en situation de bien montrer ses traits, et notamment son nez, ses oreilles et son regard tout entier.

Ce  premier déontologue était  mou, au lieu que celui dont nous donnons la description ici est très-mou. Ainsi un semblable se distingue de son semblable par une différence car ils ne sont pas identiques. Mais voici, à votre gauche, son bonnet en cas de frimas. Aux oreilles on accroche les grelots pour annoncer sa venue et les plumes de paon qui l’ornent sont en faisan.

On  marche dessus le déontologue très-mou qu’il ne bronche pas. Et quoique l’on s’y essuie le dessous des bottes, l’instant d’après il ne paraît pas s’en souvenir ; il joue avec vous qui lui mettez la main dans la gueule sans en rien craindre ; au reste le déontologue n’a pas de dents, mais sa langue colle.

deontologueLe déontologue très-mou étant absolument de la même espèce que le déontologue mou, et tout semblable à celui dont nous avons donné la fameuse description vol. IX, planche XXIX. Nous n’avons rien à y ajouter, sinon que ce dernier a la queue en trompette et qu’il porte la tête encore plus baissée en direction du postérieur qu’on se plait à penser qu’il fait sa toilette.

Il existe dans les parties éloignées de la Sarkozie et de la Hollandie un déontologue plus mou encore que le déontologue très-mou d’Ile de France, et qui a aussi le corps plus malingre  et plus petit à proportion, mais le museau plus allongé et plus ressemblant à celui d’un hippopotame, en sorte qu’il ouvre la gueule beaucoup plus large.

Cet animal est si teigneux que s’il enlève aisément une éponge il peut l’emporter à une ou deux lieues sans la poser à terre quand bien même on le lui ordonne. Il a le poil dans le sens du poil, ce qui facilite le brossage,  mais ce poil est encore plus lisse que l’autre déontologue. Les bandes transversales et les hermines y sont plus noires ; la crinière,  où l’on accroche  nœuds  et rosettes,  ne rebrousse pas du côté de la tête, mais du côté de la queue et dans le sens du vent.

M. le chevalier Dunoyer de la Ribotte de Long-Sault  a observé le premier que ce déontologue très-très-mou, ainsi que les autres espèces, ont un singulier défaut ; c’est qu’au moment qu’on les force à se mettre en mouvement, elles sont boiteuses tantôt de la jambe droite,  tantôt de la jambe gauche ; cela dure pendant environ une très longue distance, environ un très long temps et d’une manière si marquée, qu’il semble que l’animal culbuter d’un côté ou de l’autre comme par l’ivresse, tourne en rond sans fin comme sous l’effet d’une mauvaise drogue. Effectivement.

Malgré les plaintes des uns et des autres, je donne ici la figure d’un déontologue mâle du  vol.IX, planche XXIX.

Fausto Bocchi