Xalatzatzecotl

Ange adoré,

Dans votre dernier courrier, vous me demandiez quelque drôlerie sur la langue des indigènes que j’étudie à ces latitudes extrêmes. Je vais, par la présente, combler votre curiosité.Ces gens ont un riche vocabulaire pour désigner le xalatzatzecotl dans tous ses états. Ainsi, apprenez que coatzatzecotlmexatzecotl est le perché endormi sur une branche de l’arbre ; quatapotzetocl,  le tombé de la branche sur laquelle il s’était endormi ; quictl, le tombé prêt à plumer ; etc.

« Bon sang ! Il passe le plus clair de son temps dans un arbre l’animal ! » Vous exclamerez-vous. Je vous dirai que c’est exact, mais durant la nuit seulement. Vous imaginez bien que la bête mange, fiente, se bat, se reproduit, pond, couve etc. en cent quatre termes que j’ai relevés. Comme ce serait trop long à lire, voici de suite ma drôlerie…

Lorsque les hommes chassent le xalatzatzecotl dans les forêts et les savanes où il vit, ils le nomment xulutluxluxuclu (qui est une imitation phonétique de son chant détestable) comme vous dîtes « Cocotte » ou « Zézette » pour appeler votre poule naine ou la bonne.

Cette construction onomatopéique a ceci de particulier – en sus – qu’elle signifie dans leur langue : « Roi (xulu) arrière (tluxlu) voir (luxuclu) » N’est-ce pas fort salé ? Toutefois, rassurez-vous, pour l’édition de mon récit de voyage, je ne traduirai pas xulutluxlu par : « roi-montrez-nous-votre-fondement » mais par « gueulougueulou » qui est beaucoup moins vulgaire me semble-t-il. De plus, la volaille ressemble tellement à notre dindon – tant par son physique que par ses mœurs – qu’on jurerait entendre sa sœur jumelle.
Adieu  cacaotl adoré, je dépose mille xuxutli sur votre popopetl. Sous peu vous recevrez la fable du Xotl et du Bex qui vaut son pesant de cacahuetls.
Votre  Xlixli
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Le gland petit

 » Si quelqu’un essaie de me faire peur, il faudra qu’il se lève de bonne heure… Gaza, j’y retournerai ! « 

Madame Alliot-Marie

De notre correspondant : Laurent Taillade

La représentante de notre drapeau à l’étranger, ministre, a daigné honorer de sa présence un petit coin d’enfer sis en Palestine. Notre commis-voyageuse et bailleuse de fonds y promenait sa pasquinade humaniste et sa logomachie sifflante sur sa tête des plus infatuée lorsque, soudain,un accueil imprévu et coriace lui montrait combien son nouveau ministériat n’est point une sinécure.

Il y a peu, l’orfèvre du Quai d’Orsay essuyait des gifles virtuelles pour avoir préconisé — devant le troupeau bêlant des députés dont le cuir anémié suinte le cholestérol comme d’un pressoir à nouilles — l’exportation pédagogique en Tunisie , pays sous la botte d’un dictateur, du savoir-faire de nos élites porte-matraques qui savent resserrer les bandages droitiaires… Eh bien, quelques jours plus tard, notre ministre recevait en Terre promise des œufs et une chaussure lancés  pour d’autres paroles malheureuses — prononcées cette fois par un autre…

En un clin d’œil le voyage de notre gaulliste du renouveau atteint les cimes fastigiées de la cocasserie diplomatique et met en fuite l’humeur noire et l’atrabile. D’autant plus que la disparition de la cocoricocardière patentée dans une limousine, en vue de la protéger d’une éventuelle lapidation à coups de pompes, renouvelle le numéro du lapin cru albinos prestidigité dans un haut-de-forme — l’éloignement de la mère patrie démesurant la scurrilité de ce  jeu du cirque et de la fête à Neu-Neu.

On sait que, jadis, en vue de la conquête du pouvoir suprême, la polyvalente servante de l’État, en location permanente de la cinquième République riche en râteliers, avait pris comme arme parlante de son parti le chêne dont les glands sont, n’en doutons plus, les citrouilles assommantes de la fable.

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Chinoiseries

Mis en présence d’un nid d’hirondelle à la citronnelle, l’Occidental se prend à user de baguettes comme il se cure le nez à un feu rouge, machinalement. Qu’il se sente observé, il arrête là son ménage, jette des regards furtifs, sifflote un air improbable, cale.

Observons-le ostensiblement à table, à l’œuvre…

Il s’emmêle les pinceaux, il pointe une baguette vers le plafond, en fait tomber une autre à terre, en plante une troisième dans un bol de riz et lâche un morceau de manger insectifuge à la citronnelle qui se métamorphose en anoure.

Anoure chez qui la petite tête verdâtre, la taille de guêpe humide et la peau de pêche visqueuse annonce au citadin la grenouille.

Évènement rare, certes, cependant qu’attesté chez les meilleurs auteurs. L’étonnement du lecteur s’explique par un fait attristant : le Français ne lit plus, il écrit son autobiographie sur son pas de porte.

À ce stade du récit, la question qui se pose n’est pas : « Est-ce possible ? » mais : « Que faire ? » Oui, que faire d’une grenouille qui, au chapitre CLXXXVIII de Ma Vie et Moi, vous tombe impromptue sur les bras ? L’orthodoxie des contes qui préconise le chaste baiser fait l’impasse sur la vérification préalable du sexe : « T’es une mémère ou un pépère ? » susurre l’autobiographe.

Tétanisée par cette langue inconnue d’elle, la bête ne répond pas, puis, remise en fonction par un mécanisme complexe, elle fuit en arabesques, jetés, cabrioles, déboulés, pirouettes, soubresauts, élévation, ballon…On le voit, du moins on l’imagine, de bond en bond tout n’est qu’impétuosité.

Rumeurs admiratives dans le public.

Et l’homme ne se trouve-t-il pas fort dépourvu ? Si. Mais laissez-moi poursuivre — hum, ce hongputaojiu, est un petit vin de pays sans prétention qui, en vieillissant, fera un excellent vinaigre — je reprends : l’homme qui tente de rattraper son manger, court de droite à gauche mais vite épuisé, tire bientôt l’échelle, jette l’éponge et, en lieu et place des leeches au sirop, commande une arbalète.

« Dîtes-moi, on ne s’ennuie pas à la Pagode Impériale du Tigre de Jade !

— C’est ainsi dans la restauration extrême orientale. Mais examinons ensemble l’arbalète. Elle nécessite, pour une utilisation dans les règles de l’art, une lecture attentive de son mode d’emploi dont on exigera la traduction en français moderne. Ceci fait l’amateur s’interroge encore : « Où atteindre la cible qui me nargue ? » Observez, cher ami, la planche anatomique D2 représentant l’animal dans le plus simple appareil. Allons, ne rougissez pas, chaussez vos yeux de peintre, donnez-moi la main et repérons ensemble l’emplacement du cœur.

— là ?

— Un peu plus haut… parfait. Voici votre objectif. Nom de code Saint-Tropez Réglons nos montres à l’heure H moins trois, moins deux, moins une. Madame, restez assise…! »

Vive émotion du veuf.

« Paf, entre les deux yeux…

— Vous avez vu, elle s’est levée d’un coup !

— Tutute..vous avez tiré trop bas, beaucoup trop bas.

— Maintenant que vous me le dîtes.

— Ne faîtes pas l’enfant, reposez moi cette arbalète et mangeons – ça va refroidir. »

Japoniaiserie

Elle se regarde dans le miroir.

Elle récite :

Visage fané

Sous le tas de bigoudis

Cortège des ans.

 

Elle enfile son peignoir

Elle se dirige vers la cuisine.

Elle jette un œil sur le cadran du coucou

 

Il est posé sur le réfrigérateur,

Arrêté,

Suisse.

 

Elle dit :

Pendule glacée

Le coucou a fui l’hiver

Ô heure ! Où es-tu?

 

Elle débarrasse la table.

Elle jette à la poubelle les restes de la veille.

Elle déclame :

Torojiru froid !

Les écorces de Kampyo !

Nouilles et tôfu !

Elle s’assoit sur un tabouret bancal.

Elle vide son verre de chuchenn.

Elle fume une cigarette.

Elle fredonne:

Chante, ô allumette !

au pied du blanc Fuji-San

Feu de paille, cendres.

 

Il lui reste six mois –à peine- pour envoyer à l’éditeur son haibun gastronomique les 53 routiers du Finistère. Elle l’a composé en s’inspirant de l’An gwenodenn strizh deuz Pen-ar-Bed du maître Bashô qu’elle a traduit en breton. A peine six mois pour exprimer en un dernier haïku, la fragile survivance de la restauration ouvrière. Le tout avec légèreté, sabi et kokkai. Le kokkai, elle ne le sent pas du tout.