French Gothic

Pas de réveillon réussi sans boudin ou, pour les plus démunis, sans de généreuses saucisses.

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la brochette de boudins –
d’après Grant Wood

Faux-vrai-monsieur, pas fier dans son costume de planteur, tient sa fourche composée de  trois  brochettes et, dans un grand éclat de rire, semble dire à Fausse-vraie-madame : « Allons, ma mie, souris, ouvre ton clapet rose!  ôte ton faux camé et ton faux collier d’or, tes lunettes solaires et ta montre à  ressorts, et remise tes vers, et remballe ta prose !  Que sur la charcutaille ton regard se pose, mange au lieu de bouder, et je te prie encore de goûter au boudin, un bijou, un  trésor… Que ton régime, un peu, se détende et repose ! »
Quant à Fausse-vraie-madame, engoncée dans des atours de puritaine de Neuilly et qui est manifestement écœurée d’un tel déballage de tripes, on jurerait qu’elle grommelle entre ses dents patinée à l’ancienne : « Quand on est première dame, qu’on croule sous  les  diamants, les beaux habits, ce ne sont ni saucisses ni boudins que l’on désire… »

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La garde-robe alimentaire

 » En tant que trésor national, vous avez décidé de gâter-pourrir la femelle du Français assisté qui a du mal à joindre les deux bouts depuis qu’elle les a mis « chez ma tante »- l’inconsciente frivole!
– C’est exact, j’ai la bonté de gauche tellement chevillée au corps que si on voulait me l’arracher je crois que je pousserais des  cris  d’œuf frais.  Mais il ne faut jurer de rien, si ça se trouve je chanterais. Comme dit mon époux : « Ne promettons point outre mesure. »
– Bien, bien, bien…je note… Alors,  très chère, dîtes-nous, quel est ce nouveau projet d’artiste qui après, vos sacs fashion du faubourg Saint-Honoré à l’usage des nantis, va émouvoir le secteur en plein développement de la Charity haute-couture ?
– Voilà. On sait que la pauvresse et son mâle ont rarement la chance d’être invités à un bal chez le Charming Prince ou à  un défilé de Carnaval à l’Elysée.
– Ma foi, c’est vrai ! c’est fichtrement vrai !
– Pourquoi cela, je vous prie, monsieur l’interviouvateur ?
– Parce qu’ils ne savent pas danser, qu’ils sentent des pieds, des aisselles, du fondement et de la bouche, qu’ils bavent à table, qu’ils ne connaissent pas de fées, qu’ils n’ont pas leurs entrées au Caniche’s club…
– Tut tut tut… tout ça est vrai, certes, mais s’ils sont boudés lors de nos sauteries charitables c’est essentiellement parce que la femelle n’a rien à se mettre de décent  sur le dos.
– C’est pas faux…
– Et tout ça parce que les économies de nos accouplés passent en pizzas bourratives, en gras hamburgers  ou pire  en crêpes complètes – sans parler du couscous, voire même du loto !  Et tout ceci au détriment des dépenses pour de belles sorties culturelles dans le beau monde, chez vous, chez moi, chez nous.
– Ma foi, ma foi jurée, c’est bien vrai !
– Alors moi qui suis une artiste, j’ai décidé de joindre le culinaire infecte au culturel haute-couture, j’ai mis la main à la pâte et mes doigts dans la crise,  et j’ai inventé la robe de soirée à consommer après usage.
– C’est épatant comme concept.
– C’est exact, j’ai le concept épatant. Mais là je me suis surpassée.  Alors, voilà, j’ai concocté une robe fourreau à base de coulis de tomates, de sang de porc et de colle glunacyanotylate pour tenir au corps.  Il suffit d’ouvrir la boîte de conserve, de se verser le coulis dessus, et voilà mon  » boudin béké » taille unique pour les fauchées, même  très grosses ! En vente chez   Piqués-Fauchons, 599€ le kilo – piments en sus. C’est donné. Et mon dernier cd est offert… Je vous montre… Plouf !
– Pro-di-gieux !
– C’est exact, nue ou habillée je suis prodigieuse.

robe

Ancien régime breton

983288094_002Les tartinoux, les crapignolettes et les délichiousses de caviar et de truffes entrent pour une large part dans la nourriture de nos hautes sphères bretonnes.Outre ces grignotis, il en est de particuliers qui sont sous une autre forme. Ce sont d’abord les glaouignasses, sorte de boules  molles qui constituent la partie solide d’une lourde soupe et figurent de joyeuses cervelles siamoises, et puis la bousignôle, grossière farce, qu’on enferme dans un sac et que l’on cuit avec la viande d’un petit porteur dans une vaste marmite pour lui donner ce goût qui excite bien des appétits – cette préparation est également  un excellent emplâtre sur les jambes de bois qu’elle fait briller  bien mieux que la surfaite popotte des antiquaires du Lubéron.La manière dont se nourrit notre noblesse,  et particulièrement le grand nombre de mets composés de caviar et de truffes dont il surcharge ses bourrelets et infarctus sportifs, à souvent fait demander si pareil gavage n’influait pas sur son caractère, et si cette aristocratie hilare qui rend un son qui lui  est propre, et qui  n’est l’écho d’aucun autre, ne devait en partie ce tempérament exceptionnel – tout comme sa capacité à choir de haut sans bris –  à son régime alimentaire que l’envieux Grec lui envie.

983288094On ne saurait le nier : cet ancien régime agit sur le moral des choses, et s’il est des aliments qui poussent,  par exemple, à la volupté comme les beignets de chômeurs, les tripes de sans-logis, les rillauds de chômeurs ou  le caque-quarante farci, de même il y en a de tout à fait favorables à l’austérité comme la Bernie en pièces, la Boutin de Noël et le Bé-seize à la vaticane.

Cependant il ne faudrait point vouloir expliquer notre aristocratie dans toute sa complexité par une influence qui, loin d’être exclusive, n’est, croyons-nous, qu’accessoire. Pas plus que le Breton de base, pusillanime et téméraire, ne s’explique par l’abus de blé noir en crampousses, qui sont les tortillas armoricaines, ou autres poulpouts.

 

Treize Izel. Anonyme

Colombe à la Sarkozy

On sait que le pouvoir d’achat baisse tellement  que bien des  Français  se demandent ce qu’il vont pouvoir mettre dans la marmite, et même s’ils auront de quoi payer le gaz pour la faire bouillir cette marmite, et même s’ils ne l’ont pas déjà envoyée au Mont de Piété, la fameuse marmite. Et d’ailleurs ils sont déjà à la rue, alors leur marmite !C’est pour faire face à ces petits tracas pécuniaires qu’ il est temps de revenir à quelques fondamentaux de la démerde et plus particulièrement à ces recettes qui ne sont pas pour rien dans la réputation du génie culinaire français à l’étranger.

Henri IV en son temps avait lancé paraît-il la Réforme de la poule au pot, nous fûmes épaté par notre autre vers galant quand il s’installa au piano.
La « colombe à la Sarkozy », symbole de paix flambant,  est un plat ludique qui se lave en famille et se mange aussi bien froid que chaud, mais c’est meilleur froid. A défaut d’être au menu des locataires de l’Elysée,  la « colombe à la Sarkozy » est à son programme.
Le stade de l’épluchage ne pose aucun problème: même si vous êtes à la rue ( voir plus haut), il y aura toujours un passant pour vous tendre un briquet charitable, ou alors c’est à désespérer des effets salutaires du catéchisme  !
Si on ne possède pas de colombe, volatile un peu onéreux et rare, un pigeon de gouttière de nos villes et banlieues fera l’affaire.
Rappelons que ces viandes, lorsqu’elles sont  mangées crues, gardent toutes leurs vitamines, même si  elles sont moins riches en vitamine « C » que le steak tartare de rat. Nul n’est parfait.
Colombe à la Sarkozy
En cas de panne de colombe ou de pigeons, on évitera le cygne  qui, chose décorative, ne se mange pas.

Tripes à la mode d’emploi

Tu vas commencer. Tout devra suivre.

Bon, tu hésites. Tu vois des vers d’amadou grouillant dans le fendu oblique d’un poitrail de bœuf ; ses yeux crevés, cerclés de cuivre roux te fixent.

Bon, tu entends le bruit de ta panse comme un halètement sourd de fleuve à la débâcle ; tes boyaux meuglent de peine, puis s’effondrent un à un sous les coups du merlin dans des craquètements secs de cigales..

Et maintenant tu dis : « ça va pas couper, pour sûr, je vais vomir ! » Tu as le ventre douloureux, car tout palpite dans l’abattoir du ventre, car tout se fait dans le bouillonnement de ça.

Tu gigotes un peu. Laisse.

Les mouches sont en galop d’ivresse sur le caillé de pourpre. Elles dansent en grande ronde bleutée de grêle dans un bourdonné de printemps neuf ; elles se gavent de sève aux côtes du bonnet ; elles grondent, font la harpe et la gargoulette, grenaillent l’air fumant, vibrent gras ; elles s’égarent pailletées de rubis et de miel dans les barbes du maïs ; elles luisent en braises aiguisées aux orbites de la belette filant les nuits ; elles vont droit vers en bas au moussu du feuillet.

Dehors, juste au versant schisteux du ciel, sous son tranchant, la ville plus blanche qu’un crâne de lapin mort glisse ses toits de suie dans le collier soufré de l’orage. Une odeur de velours rouillé goutte des langues tièdes du vent. Et les éclairs de soie, sifflant noir, tordent leur tête de couleuvre.
Tu résistes, ma fille, tu résistes ! Tu résistes à cause des haut-le-cœur d’enfance. laisse toi mener. Fais-toi molle. Fais-toi patte d’ours de glaise. Laisse-toi manger les tripes sans vouloir rendre à la terre ce qu’elle vient te donner. Et alors tu mangeras.

J.Giono. Le chant de la Cocotte.

Une galipane de bernin

« Tiens, ce matin j’ai reçu par la poste…
— J’en ai l’eau à la bouche !
— Oh ! ce n’est pas du tout ce que vous croyez : c’était une brounégasse de 2 livres à grosses crouettes, la muiselle charnue, d’une longueur d’un pied embaumant le gougnot, accompagnée d’un dodu pavé de bernin, égournaillé de la veille, point troussotté à la machine, crépogneux à souhait, aussi salé qu’une doudouille fleurée de Brinon-sur-Beuvron.
— Quoi, une galipane de bernin !
— Oui, mais au poil.»

D’après Colette, extrait de A portée de main, cité dans « Les festins de Balthazar une « anthologie de la littérature gourmande » présentée par Alain Senderens, sous le titre :  » une tranche de pain bis. »

Chinoiseries

Mis en présence d’un nid d’hirondelle à la citronnelle, l’Occidental se prend à user de baguettes comme il se cure le nez à un feu rouge, machinalement. Qu’il se sente observé, il arrête là son ménage, jette des regards furtifs, sifflote un air improbable, cale.

Observons-le ostensiblement à table, à l’œuvre…

Il s’emmêle les pinceaux, il pointe une baguette vers le plafond, en fait tomber une autre à terre, en plante une troisième dans un bol de riz et lâche un morceau de manger insectifuge à la citronnelle qui se métamorphose en anoure.

Anoure chez qui la petite tête verdâtre, la taille de guêpe humide et la peau de pêche visqueuse annonce au citadin la grenouille.

Évènement rare, certes, cependant qu’attesté chez les meilleurs auteurs. L’étonnement du lecteur s’explique par un fait attristant : le Français ne lit plus, il écrit son autobiographie sur son pas de porte.

À ce stade du récit, la question qui se pose n’est pas : « Est-ce possible ? » mais : « Que faire ? » Oui, que faire d’une grenouille qui, au chapitre CLXXXVIII de Ma Vie et Moi, vous tombe impromptue sur les bras ? L’orthodoxie des contes qui préconise le chaste baiser fait l’impasse sur la vérification préalable du sexe : « T’es une mémère ou un pépère ? » susurre l’autobiographe.

Tétanisée par cette langue inconnue d’elle, la bête ne répond pas, puis, remise en fonction par un mécanisme complexe, elle fuit en arabesques, jetés, cabrioles, déboulés, pirouettes, soubresauts, élévation, ballon…On le voit, du moins on l’imagine, de bond en bond tout n’est qu’impétuosité.

Rumeurs admiratives dans le public.

Et l’homme ne se trouve-t-il pas fort dépourvu ? Si. Mais laissez-moi poursuivre — hum, ce hongputaojiu, est un petit vin de pays sans prétention qui, en vieillissant, fera un excellent vinaigre — je reprends : l’homme qui tente de rattraper son manger, court de droite à gauche mais vite épuisé, tire bientôt l’échelle, jette l’éponge et, en lieu et place des leeches au sirop, commande une arbalète.

« Dîtes-moi, on ne s’ennuie pas à la Pagode Impériale du Tigre de Jade !

— C’est ainsi dans la restauration extrême orientale. Mais examinons ensemble l’arbalète. Elle nécessite, pour une utilisation dans les règles de l’art, une lecture attentive de son mode d’emploi dont on exigera la traduction en français moderne. Ceci fait l’amateur s’interroge encore : « Où atteindre la cible qui me nargue ? » Observez, cher ami, la planche anatomique D2 représentant l’animal dans le plus simple appareil. Allons, ne rougissez pas, chaussez vos yeux de peintre, donnez-moi la main et repérons ensemble l’emplacement du cœur.

— là ?

— Un peu plus haut… parfait. Voici votre objectif. Nom de code Saint-Tropez Réglons nos montres à l’heure H moins trois, moins deux, moins une. Madame, restez assise…! »

Vive émotion du veuf.

« Paf, entre les deux yeux…

— Vous avez vu, elle s’est levée d’un coup !

— Tutute..vous avez tiré trop bas, beaucoup trop bas.

— Maintenant que vous me le dîtes.

— Ne faîtes pas l’enfant, reposez moi cette arbalète et mangeons – ça va refroidir. »

Caprices de cervelle à la vertigo.

 » Cervelle, gentille cervelle, » susurra Corps-Pion, en regardant avec amour celle d’un mouton. Et l’accent du Béarn, mâtiné de marseillais, ne fut pas pour rien dans les gloussements huileux de Paulette — sise à sa grosse caisse —, et les rires graillonnants de son cocu de mari, boucher de son état.

Corps-pion le joli cœur, qui fréquentait assidûment génisses, bœufs, veaux, porcs et moutons, s’illuminait à l’évocation de croustades d’amourettes moelleuses ; laissait libre cours à sa fantaisie pour décrire les tendresses d’une langue sauce madère ; célébrait comme pas un la fraise ; ne tarissait pas d’éloges sur les bienfaits du cœur ; épatait son auditoire en énumérant les mille et une saveurs des pieds et ne boudait jamais son plaisir à détailler les appas gracieux d’une  » reine de tétine « . Quant à la cervelle, c’était une merveille « à s’en faire péter la sous-ventrière  ! » 

De par le vaste monde, nombre d’indigènes bigarrés se repaissent de mets variables, souvent hétéroclites, parfois vivants, et toujours bien de chez eux. Croquechoux, lecteur zélé de Geographica universalis, le savait. Et comme il se flattait d’une ouverture d’esprit plus grande qu’un champ de vision de perdrix, il se sentit honteux d’ignorer, par excès de conformisme popote, un abat réputé si délectable. Aussi, quand le cocu magnifique avec ses moustaches en croc lui demanda:  » et c’est quoi qu’il prendra, Choupinou ?  » il s’entendit commander d’une voix fluette de bedeau découvrant l’amour :  » Une sympathique cervelle pour quatre vigoureux mousquetaires. » Ce soir il régalait des collègues. Aussitôt dit, aussitôt servi bon poids.

Son accessoire de mouton sous le bras, fier et superbe comme un tambour, Croquechoux sortit allegro en sifflotant guilleret le régiment de Sambre et Meuse. On vivait une heure ensoleillée. L’azur était céruléen. L’atmosphère était apéritive. Chaque bistrot, judicieusement placé sur la route du retour, fut l’occasion d’une station désaltérante.

On y admira la cervelle, on loua sa fraîcheur de pucelle, on s’extasia sur son teint diaphane, sa fermeté et sa joliesse de coiffe bigoudène et ses parfums de sous bois à la noisette. On trinqua, on leva gaillardement le coude, on chassa une mouche bleue, on s’échauffa, et on livra, entre muscadet et suz’cass’, de remarquables recettes de famille en gueulant comme des putois. On devait être un peu éméché , car une recette c’est un secret, et qu’un secret c’est un secret : on se le garde. 

          De retour dans sa cambuse, Croquechoux, fin saoul, ne se lasse pas de contempler les vermiculures de la cervelle qui lui donne tantôt l’aspect d’un plâtre délicatement rongé, tantôt celui d’une motte de saindoux précieusement ouvragée.

Décidément, le plat de résistance à venir ne ressemble en rien au siège de l’intelligence rangé dans sa propre boîte crânienne, mais il est vrai que le mouton est aussi bête qu’une poule.

          A force de suivre, tant bien que mal, les méandres de la cervelle, il lui trouve, au détour d’une sombre tranchée, l’ air harassé d’une vieille fesse vergetée.

          Il rougit, cligne des yeux et instantanément paraît, là, dans sa main droite, une chose informe et fripée. Sursaut. Frissons. Croquechoux éternue formidablement sept fois ; s’exclame :  » Hors de moi démoniaque engeance qui entre par le nez en trompette de l’homme pour le chatouiller !  » ; se mouche bruyamment entre pouce et index et voit, en lieu et place de la cervelle, un Jésus spongieux qui tremblote dans ses langes !

          Estomaqué, livide, Croquechoux lâche une bordée d’injures charretières et envoie le monstre dinguer dans l’évier où marine la vaisselle de la veille, trois chaussettes et une poignée d’épluchures dans leur bouillon javellisé.

          D’un trait il boit le bol d’eau vinaigré destiné à baigner sa cervelle, ce qui achève de lui glacer les sens.

          Il croque nerveusement dans le premier bouquet garni passant à sa portée, ce qui lui coupe définitivement l’appétit.

        Hagard, il mâchouille des feuilles de laurier sauce, du thym poussiéreux et un bout de ficelle, le tout relevé d’ail et de clous de girofle, quand une odeur âcre enfumant ses narines le sort de sa torpeur : Les patates de terre brûlent à feu vif leur robe des champs.

A. Cohen. Croquechoux.

Le mot

Avanti ! J moins des bananes.

Bientôt le temps des crottes. Une recette pour animer les réveillons où l’on s’emmerde à 100 sous de l’heure : la crotte Marguerite, à base de cacao enrichi de tétine-de-chèvres et d’oreilles-de-tortue. Deux plantes natives des Monts d’Arrée dont je tairai le nom latin et breton pour ne pas avoir d’ennuis. En plus les raveurs de permanence à Botmeur seraient capables de nous les bouffer toutes.


Réveillon de Noël 2006, transcription d’un enregistrement.

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La fin des haricots

          Une sonnerie grésillante. Son thème familier redouble d’impatience. Coup de fil la veille d’une Toussaint.  Ce qui importe, à cet instant, c’est de décrocher le combiné.

 « Un cassoulet sans façon, ça vous dirait  vraiment ?

En décembre ? A la bonne franquette alors. »

Une invitation pour le trente et un. Dans ces cas-là, c’est sans tralala. Choisiras-tu l’affriolante robe en organdi imprimé à grands motifs de volvaires soyeuses ? Porterai-je le sobre pantalon reine Claude en taffetas flambé ? Entre vieux amis pas de flaflas.

 

 « Tiens, c’est quasi  l’heure d’y aller. »

On ne s’y résout pas tout de suite. Les cinq dernières minutes sont palpitantes : calamistrer les moustaches, farder les cils, épiler les vibrisses, repasser la patte mouille, sortir le chat, fermer le gaz…Ce n’est qu’une succession de pantomimes préparatoires.

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La rillée.

Le bestiaire culinaire.

Aubin d’Angers, dit Maurice la Charcute. 1273.


Je vais vous dire la vérité au sujet de la rillée, sans mentir d’un mot, conformément au Livre de Coquina, qui ne commet pas d’erreurs, et qui ne manque jamais de montrer quantité d’exemples véridiques et célèbres, authentiques, sincères et délectables.

Ce livre ne traite pas de mets futiles et vulgaires, il contient des recettes agréables au Père miséricordieux qui ressuscita au troisième jour son fils Notre Seigneur Jésus Christ au sujet duquel Jacob a dit : « Il a dormi comme le lion et comme le petit du lion. »

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Un petit apéritif de fête.

Dans la vie on ne rigole pas tous le jours, ça non ! Et en plus il y a des gens – des amis – pour venir vous pourrir la vie !

Vous qui n’invitez pas, vous qui n’invitez jamais, il vous arrive, malgré tout, un jour, d’inviter.

Dans un tiroir du bureau, la plume d’oie cendrée. Dans un autre tiroir, en dessous les bristols blancs. Dans un autre encore, les enveloppes et les petits timbres rouges. Pourtant l’encrier est vide.
Qui n’a pas connu l’absence d’encre ne sait rien de la difficulté d’écrire à la plume. Qui a connu cette absence a choisi de téléphoner. Vous prenez le téléphone. Voisins et amis viendront lundi en huit. Sans faute.

Lentement les jours s’en vont, vous demeurez.

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