Virelai anonyme

J’étais mannequin demoiselle,
Lâchant mes vents dedans la soie,
Point ne me mouchant  dans les doigts.
Que j’étais belle, belle, belle !

Je connus que le chant  est tel,
Qu’il nous  impose d’avoir voix,
Or ça, je ne le  pouvais pas.
Que j’étais frêle, frêle, frêle!

Puis je sus que l’amour est bel
Qu’il ne connait aucune loi :
Je convolais avec le roi.
Dieu que je bêle, bêle, bêle !

virelai

d’après Judith Leyster, Jeune fille au luth (1631)

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La garde-robe alimentaire

 » En tant que trésor national, vous avez décidé de gâter-pourrir la femelle du Français assisté qui a du mal à joindre les deux bouts depuis qu’elle les a mis « chez ma tante »- l’inconsciente frivole!
– C’est exact, j’ai la bonté de gauche tellement chevillée au corps que si on voulait me l’arracher je crois que je pousserais des  cris  d’œuf frais.  Mais il ne faut jurer de rien, si ça se trouve je chanterais. Comme dit mon époux : « Ne promettons point outre mesure. »
– Bien, bien, bien…je note… Alors,  très chère, dîtes-nous, quel est ce nouveau projet d’artiste qui après, vos sacs fashion du faubourg Saint-Honoré à l’usage des nantis, va émouvoir le secteur en plein développement de la Charity haute-couture ?
– Voilà. On sait que la pauvresse et son mâle ont rarement la chance d’être invités à un bal chez le Charming Prince ou à  un défilé de Carnaval à l’Elysée.
– Ma foi, c’est vrai ! c’est fichtrement vrai !
– Pourquoi cela, je vous prie, monsieur l’interviouvateur ?
– Parce qu’ils ne savent pas danser, qu’ils sentent des pieds, des aisselles, du fondement et de la bouche, qu’ils bavent à table, qu’ils ne connaissent pas de fées, qu’ils n’ont pas leurs entrées au Caniche’s club…
– Tut tut tut… tout ça est vrai, certes, mais s’ils sont boudés lors de nos sauteries charitables c’est essentiellement parce que la femelle n’a rien à se mettre de décent  sur le dos.
– C’est pas faux…
– Et tout ça parce que les économies de nos accouplés passent en pizzas bourratives, en gras hamburgers  ou pire  en crêpes complètes – sans parler du couscous, voire même du loto !  Et tout ceci au détriment des dépenses pour de belles sorties culturelles dans le beau monde, chez vous, chez moi, chez nous.
– Ma foi, ma foi jurée, c’est bien vrai !
– Alors moi qui suis une artiste, j’ai décidé de joindre le culinaire infecte au culturel haute-couture, j’ai mis la main à la pâte et mes doigts dans la crise,  et j’ai inventé la robe de soirée à consommer après usage.
– C’est épatant comme concept.
– C’est exact, j’ai le concept épatant. Mais là je me suis surpassée.  Alors, voilà, j’ai concocté une robe fourreau à base de coulis de tomates, de sang de porc et de colle glunacyanotylate pour tenir au corps.  Il suffit d’ouvrir la boîte de conserve, de se verser le coulis dessus, et voilà mon  » boudin béké » taille unique pour les fauchées, même  très grosses ! En vente chez   Piqués-Fauchons, 599€ le kilo – piments en sus. C’est donné. Et mon dernier cd est offert… Je vous montre… Plouf !
– Pro-di-gieux !
– C’est exact, nue ou habillée je suis prodigieuse.

robe

La visite du président aux colonies

Dictée en langue réformée et sans tabou(x).

Un glomérat d’êtricules génuflectants,  triés sur le volet chez les hume-pets de l’ignoblesse locale ( parmi laquelle on reconnaissait quelques pachymerdes du députodrome lutéçois et autres crématorieux, potdevinistes ou politouilleurs bien  en cour), accueillit le désatrogène géniverbeux à grand renfort d’hipipipourassements  et de godesaivedequingues médéférants. De quoi soigner la giflose dont souffrait l’égolâtre  entroipiècé, tout juste sale-hué par d’impieux crépus poing-tenus à l’écart par la policinelle maîtropolitaine.

Le président  se fendit d’un discours buboniforme foutricoté par son nègre firmamental, avec plein de € et de $ pour faire richou.  Il rictussa les huns, hargneusita les zootres, obamasqua la coloritude, rimellisa sur la krise, superlifiqua ses réfaurmes et havedreama un  avenir radieudelaméduse  pour les républiquettes ultramarines et pour la merdesarts. Au finiche il se poudrescampetta tandis que les sexes durs  l’acclamataient et que les sexes mous lovationnaient.

Puis la claque  fila sus au buffet de l’État général se ratafianiser la gueule en expectant du caviar frais sur les tartines. Il ne manquait plus au tableau que  l’alléchanteuse épousetouflette de l’égolâtre, habillée en rien-du-tout, pour  lancer ses rémolades pompadoucereuses et vendraffamer ses sacs pipeules pour une bonne cause.

Bernard Clef de Voûte. Cépadelatarte.

Cochon de compagnie

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«  Je t’ai fait un cadeau pour ton remaniement, mon Chouhou…
– Quelque folie encore, murmura le Président, qui ne put s’empêcher de sourire.
– C’est un cheval d’appartement pour te promener dans le parc, reprit celle qu’on appelait du doux petit nom de Rossignol turinois dans les milieux autorisés. Tu ne te fâcheras pas ?… Il est si joli !
Et, claquant des doigts, elle fit ouvrir une porte dérobée par un huissier. Un électeur primé aux dernières élections, aveuglé par tant de lumières, sauta d’un bond dans le salon comme un taureau dans la reine de Minos.
– Oh ! le chérubin ! minauda Rossignol sur air de profond ravissement, en le regardant s’échapper.Le gros électeur était charmant, le groin lavé par les eaux grasses, avec le cercle de crasse que son continuel barbotement lui laissait près des yeux. Il sautillait de joie à l’idée d’être invité à l’Élysée et de figurer peut-être aux journaux télévisés de 20 heures, il trottait, bousculant les ministres, accourant pour lécher les escarpins, son groin ronflait de bonheur, il ressemblait à une toupie folle. Cependant que, par derrière, l’absence d’une jolie queue en tire-bouchon faisait un peu défaut.

– Je ne veux pas de ce… cochon ! s’écria le Président, contrarié d’être à court d’insulte.
– Chouchou, mon bon Chouchou, supplia Rossignol, ne sois pas méchant… Vois comme il est affectueux le cher gros. Je le débarbouillerai, je le tiendrai bien propre, je lui apprendrai à parler chic, à faire des révérences, à m’accompagner au piano. On ne peut pas le renvoyer maintenant… il vient tout juste d’être placé par le Pôle-emploi du Neuf-Trois. Il s’appelle Landru, comme le philosophe de gauche bien connu. Tiens, il te regarde, il te sent. N’aie pas peur Chouchou, il ne te mangera pas, il est omnivore. Déjà il t’adore, je suis sûr qu’il votera encore pour toi en 2012 !

Mais elle s’interrompit, prise d’un rire fou. Landru, tout à sa joie, venait de déraper sur le parquet copieusement ciré et se jetait dans les jambes du  ministre de la culture. Landru reprit sa course, criant, roulant, effarant toute la cour. Rossignol pour le calmer, dut lui donner une bassine d’eau de vaisselle. Alors, il s’enfonça dans la bassine jusqu’aux oreilles ; il gargouillait, il couinait, il grognait, il pétait, tandis que de courts frissons passaient sur sa peau épilée.
– Il y a là de quoi faire quelques mètres de boudin créole ! s’écria la  nouvelle secrétaire d’État affectée à l’Outre-mer.
– Oh non! s’écria Rossignol, pas de boudin créole, c’est trop épicé, je ne le digère pas !
– Des rillettes, alors ? fit le Président ?
– Mais c’est très mauvais pour le cholestérol, mon Chouchou !
– Quelques lanternes avec sa vessie ? proposa le ministre de la Culture, toujours à terre. Ou des sacs à main en série très limitée…
– Oh oui, des sacs à main !  des sacs pour une bonne cause ! fit Rossignol, ravi, aux anges.
Émile Gorgonzola – La fôte du chanoine bourré.

Le signe de Norro

le signe de norro

 » Tenez, dit le Rossignol turinois – que l’on connaissait sous le nom évocateur de Mille-et-dix ,  tenez, Ducon, voyez comment on a inventé un nouvelle décoration  pour la chanteuse, compositrice, écrivaine, talentueuse jeune fille pure que je demeure contre vents et marais.  Qu’en pensez vous? Que faîtes-vous face à cette lettre d’amour ? »
Mille-et-dix d’un geste rapide déchira sa petite robe rouge en pilou, arracha  le balconnet qui couvrait son sein palpitant, et, empourprée d’une concupiscence  purpurine, montra au jeune homme l’empreinte au marqueur magique rose fluo qui honorait cette gorge si tentante d’un N majuscule surmonté d’une couronne impériale.
 » Mais, s’écria le jeune Ducon, c’est le signe de Naboléon, le flingueur de la République, que je vois là!
– Point du tout s’exclama Athos, c’est la marque infamante de Nicolas le Hun, le triste valet du CAC40 !
– Le Barbare à talonnettes ? éructa Porthos.
– Billevesées, s’écria Aramis, qui contemplait le simple appareil de chrétienne. C’est le N de « Nec pluribus impar » la devise de Louis XIV, dont personne ne sait exactement ce qu’elle signifie…ou peut-être le « Ne sutor ultra crepidam » de je ne sais quel artisan latin : « que le cordonnier ne juge pas au delà de la chaussure. »Ou encore le N de…
C’en était trop pour d’Artagnan. Pâle, immobile, écrasé par cette nudité qui s’offrait à tous, il finit par tomber à genoux.
« N comme Nénette, Nénette, Nénette! s’écria-t-il, oh! Nénette ! »  Et Mille-et-dix  lut dans ses yeux:  « Viens Nénette, viens dans mes bras puissants que je te fasse visiter Montmartre !  »
« Nénette qui ? demanda la jeune femme en laissant tomber un de ces regards qui d’un chômeur à temps complet fait un demandeur d’emploi à durée indéterminée.
– Nénette Nénette, la serveuse du « Coq à cornes » de Concarneau! couina le soldat.
Mille-et-dix haussa les seins.  » Vous n’y êtes pas du tout mes amis! c’est le N de Norro, le défenseur des petits épargnants, des droits de l’homme, de l’Église apostolique romaine et de son pape,  et en plus de la paix dans le monde ! Et elle se mit à chanter :

 » Un cavaleur, qui surgit hors de la nuit
Court vers la venture au galop
Son nom, il le signe à la pointe de l ‘épée
D’un N qui veut dire Norro

Norro, Norro
Renard usé qui fait sale oua!
Norro, Norro
Vain coeur, tue les à chaque fois
Norro, Norro
Con bat sans peur les noeuds mis
Norro, Norro
Des faons  toujours son pays
Norro, Norro
Partout va porter les poires
Quand il paraît
Les bandits effrayés
Fuient tremblants le nom de Norro
Mais les zoos primés n’ont jamais redouté
Son signe, le signe de Norro

Tchic tchich tchic aïe aïe aïe !
Norro ! Norro ! Norro ! Norro ! … »

Athos se tourna vers Porthos:  » Je crois que cette femme est soule.
– Elle ne tient plus le Picon-bière, surtout depuis que Rachida a pondu, fit son ami.
– Ah Nénette, couina d’Artagnan.
Novissima verba, conclut religieusement Aramis. »

 

Alexandra Dubas : « Le Signe de Norro »

Galanterie

«  J’exècre la galanterie. On peut bien vivre sans cela, parbleu ! Cette perpétuelle confusion de la culotte et du cœur me fait vomir. »

Vous illustrerez cette remarque de Flaubert par un court récit que vous accompagnerez  d’une jolie image.

mainsIl l’accablait de voluptueuses caresses, s’attardant sur le galbe de ses deux globes à la blancheur éblouissante. Elle le sentait s’enivrer de plaisir.

 » Il désire me  posséder sauvagement dans l’alcôve qui recèle une molle couche répondant à la magnificence féérique du palais de l’E*  » se fit-elle la réflexion comme  elle venait de percer son secret.
« Hou !  » glapit-elle en témoignage impromptu qu’elle lui donnait de sa flamme, tant elle était en proie à l’imprévu désir de l’amour qui lui enflammait les sens et la laisserait bientôt pantelante dans le plus simple appareil, si elle n’y prenait garde.

« Ah ! ah ! mon ami…je brûle…je n’en puis plus ! Que sont ces façons ; méchant petit chanoine ? Juste ciel ! à c’t’heure cela ne se fera point…Voyons un peu…ah ! doux Joseph,! cela est inouï ! Ah ciel ! se fit-elle la remarque in-petto. Mais que va-t-il penser de moi ? se morigéna-t-elle soudain sans aménité, Que je suis une raccrocheuse du quart ? Une gourgandine sans foi ? une  gaupe ? une turfeuse ? une goton? une  nénesse ? une cocotte athée ? une michetonneuse ?  une ribaude? une hétaïre? une marmite sans Dieu? bref une bagasse de bas étage ? une sans-Dieu qui n’ a pas communié ?  »

Revenue à de meilleurs sentiments par cette correction personnelle, et nantie d’une certitude fraîche émoulue,  elle se leva avec fougue et s’empara avec dextérité  d’un CD qui trainait sur le tapis persan qu’elle engouffra d’une main experte dans un  mange-disque  qui trônait dans les parages. » Quoi-ce !  » hoqueta N* sous cette rebuffade, saoul qu’il était encore du désir qu’il souhaitait ardemment rassasier et en  jetant des regards concupiscents à destination de  C*.

Mais la chanteuse ne l’entendait pas de cette oreille :

 » Que regardez-vous donc là ? Baissez les yeux ! rétorqua-t-elle en rougissant car elle prenait tout à coup conscience d’être dans le plus simple appareil dont il a été précédemment fait mention.
— Point du tout !  se défendit N* qui, de son côté,  en tenue d’Adam, cachait d’une main moite ses attributs intimes dont une virilité turgescente — tout en se rendant bien compte que personne n’était dupe de son manège.  Mais écoutons plutôt votre disque! , fit-il d’une galanterie toute française, tandis qu’il lui proposait  un cocktail pour détendre l’atmosphère électrique – tout en allumant un feu dans la cheminée :  » Coral reef, Monaco, Vodka malabar, Picon bière, Marquisette, Perfect Mojito ,Vodka tagada,  Mojito Créole,  Russe Blanc ?

— Un Fernet Branca,  acquiesça-t-elle, très femme du monde « .