Baudelaire, par Amédée Cloux

LE CHIEN MORT (l)

Nous étions tous les deux dans le jardin où pousse
La violette au bord de l’eau,
Et, la main dans la main, sur l’étroit banc de mousse.
Nous regardions le clair ruisseau.

Car les eaux en chantant coulaient resplendissantes
Aux rayons du grand soleil d’or…
Sur un lit de lichens, parmi les fleurs brillantes
Devant nous gisait un chien mort.

Les bousiers d’azur avec les mouches vertes
Fourmillaient sur l’amas gluant ;
Les yeux étaient rongés, les entrailles ouvertes,
Le ventre suintait béant ;

Le sang s’était caillé dans les poils de la bête.
Coagulés en noirs grumeaux ;
Et l’odeur de la mort nous montait à la tête,
Pénétrant, acre, en nos cerveaux…

J’entourai de mon bras sa taille bien aimée,
Aussi flexible que les joncs.
Et vers moi se pencha sa tête parfumée
Qui m’inonda de cheveux blonds :

Regarde, dis-je alors, comme en cette carcasse.
En ce chien mort liquéfié.
Un monde tout entier vit, va, passe et repasse
Multicolore et varié !

Dans ces orbites creux, entre ces crocs fétides,
Vois, par ce printemps radieux,
Les rendez-vous d’amour des cloportes avides
Et des charançons noirs et bleus !

Les mouches à charbon, lustrant leurs fines ailes,
Pompent à deux les boyaux mous ;
Regarde, les vois-tu mâles avec femelles ?
C’est partout l’amour.. . Aimons-nous !…

Ma beauté regarda les insectes sans nombre,
Rougit et baissa ses yeux bleus,
Et, cherchant le mystère, au fond du grand bois sombre
Nous disparûmes tous les deux.

*

(1) La Liberté, 15 février 1872. — Il ressort d’un article : Hier et demain, Un effacé volontaire, paru à la Lanterne sans signature le 2o avril 1883, que le Chien Mort est un pastiche d’Amédée Cloux. L’auteur raconte notamment : « L’éditeur Pincebourde, — un nom prédestiné — qui était en train de faire une édition de Beaudelaire (sic), y comprit pieusement le Chien Mort, et ce ne fut que sur l’aveu même de Cloux, lequel eut pitié de lui, qu’il le fit disparaître.»

Baudelaire : Œuvres posthumes (1908). p.79
Mercure de France

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François Villon, par Laurent Tailhade

Ballade 14 juillet

Clairons, trompettes et hautbois,
« Chant du départ » et « Marseillaise »
Beuglent sur le pavé de bois.
Les rousses-cagnes, dans leur fraise,
S’en vont au pourchas de la braise
Près du quai Michel, ce Lido ;
Voici le lendemain du treize :
Ça se fête degueulando.

Joseph Prudhomme et Pipenbois,
Les gentlemen de la Corrèze,
Ceux du Perche et ceux de l’Artois
Éructent mainte catachrèse
(Au veau l’on reconnaît la fraise !)
Le roussin avec le bedeau
Se convomissent à leur aise :
Ça se fête degueulando.

Mais, où donc est la fleur des pois ?
Montesquiou, Péladan, Barrès-e,
Les Bourget et les Dieulafoy
Sollicitant la diurèse ?
Les ceuss qui viennent de Manrèse,
Bloy vociférant son credo
Et frère Yves en Navarraise ?
Ça se fête degueulando.

envoi

Prince, qu’éleva dans Sorrèze
Un moine à tripes de vedeau,
Plus n’est besoin de rime en « rèse » :
Notre joie est combien frrrançaise !
Ça se fête degueulando.

Laurent Tailhade,
À Travers les Grouins
P.-V. Stock, éditeur, 1899 (pp. 109-118).

Une galipane de bernin

« Tiens, ce matin j’ai reçu par la poste…
— J’en ai l’eau à la bouche !
— Oh ! ce n’est pas du tout ce que vous croyez : c’était une brounégasse de 2 livres à grosses crouettes, la muiselle charnue, d’une longueur d’un pied embaumant le gougnot, accompagnée d’un dodu pavé de bernin, égournaillé de la veille, point troussotté à la machine, crépogneux à souhait, aussi salé qu’une doudouille fleurée de Brinon-sur-Beuvron.
— Quoi, une galipane de bernin !
— Oui, mais au poil.»

D’après Colette, extrait de A portée de main, cité dans « Les festins de Balthazar une « anthologie de la littérature gourmande » présentée par Alain Senderens, sous le titre :  » une tranche de pain bis. »

Le mot

Avanti ! J moins des bananes.

Bientôt le temps des crottes. Une recette pour animer les réveillons où l’on s’emmerde à 100 sous de l’heure : la crotte Marguerite, à base de cacao enrichi de tétine-de-chèvres et d’oreilles-de-tortue. Deux plantes natives des Monts d’Arrée dont je tairai le nom latin et breton pour ne pas avoir d’ennuis. En plus les raveurs de permanence à Botmeur seraient capables de nous les bouffer toutes.


Réveillon de Noël 2006, transcription d’un enregistrement.

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Un petit apéritif de fête.

Dans la vie on ne rigole pas tous le jours, ça non ! Et en plus il y a des gens – des amis – pour venir vous pourrir la vie !

Vous qui n’invitez pas, vous qui n’invitez jamais, il vous arrive, malgré tout, un jour, d’inviter.

Dans un tiroir du bureau, la plume d’oie cendrée. Dans un autre tiroir, en dessous les bristols blancs. Dans un autre encore, les enveloppes et les petits timbres rouges. Pourtant l’encrier est vide.
Qui n’a pas connu l’absence d’encre ne sait rien de la difficulté d’écrire à la plume. Qui a connu cette absence a choisi de téléphoner. Vous prenez le téléphone. Voisins et amis viendront lundi en huit. Sans faute.

Lentement les jours s’en vont, vous demeurez.

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